Le tabac et la femme

Chez la femme enceinte :
  • D'après le communiqué de l'INPES (Institut National de Prévention et d'Education pour la Santé). Gynécologie pratique n° 174 - avril 2005, p:17
    Pendant la grossesse (Zéro alcool / Zéro tabac). En lisant cette article, on peut facilement arriver à la même conclusion.

  • Pendant la grossesse, les risques du tabagisme sur l'embryon et le fœtus sont en relation directe avec l'inhalation par la mère des deux principales substances toxiques contenues dans la fumée de la cigarette :
    • le CO (monoxyde de carbone) qui possède une toxicité directe sur la grossesse car :
      • il se fixe sur l'hémoglobine maternelle et fœtale avec une affinité très élevée entraînant une diminution durable de l'oxygénation de l'embryon et le fœtus ;
      • la diminution de l'oxygénation du sang fœtal par le CO fait de cette substance un véritable poison cellulaire très toxique [4] à l'origine d'une grande partie des effets néfastes du tabac sur le déroulement de la grossesse et sur le développement de l'embryon et du fœtus
    • la nicotine qui possède des effets vasoconstricteurs sur la circulation foeto-maternelle (la circulation artérielle utérine et placentaire) et de façon plus délétère du côté fœtal parce que ses concentrations sont de 15 % plus [7,3] au niveau de la circulation fœtale et dans le liquide amniotique.
    • le tabac diminue la biodisponibilité des vitamines B12, vitamine C, des folates et du zinc.
  • Ces actions néfastes du CO et de la nicotine font du tabagisme, avant et pendant la grossesse, un facteur de risque à l'origine de multiple pathologies de la fertilité, du déroulement de la grossesse, du développement et la croissance fœtale et du développement de l'enfant après sa naissance :
    • Concernant la fertilité :
      • Les études montrent une baisse de la fertilité chez les fumeuses, cette constatation est probablement due à une altération des fonctions tubaires et du transport de l'embryon et des altérations embryonnaire avant ou après l'implantation ; des effets néfastes sur l'ovocyte et des perturbations de l'état hormonal ; les conséquences des infections génitales qui sont plus fréquentes chez les fumeuses.
      • Les taux de succès de la fécondation in vitro (FIV) sont plus faibles chez les fumeuses si l'on compare ou non-fumeuses [5].
    • Concernant le déroulement de la grossesse, le tabagisme augmente le risque de :
      • grossesse extra-utérine avec une relation dose-effet, indépendamment des autres facteurs de risque des grossesses ectopiques. Le tabac augmente le risque de GEU en altérant la mobilité tubaire et la fonction ciliaire de la muqueuse endotubaire par l'effet délétère de la nicotine, et aussi en augmentant le risque infectieux génital. Il existe une relation dose-effet, à partir de 10 cigarettes par jour, le risque est multiplié par 1,5 ; à partir de 20 cigarettes par jour, il est multiplié par 3 et à partir de plus de 30 cigarettes par jour, il est multiplié par 5 [2].
      • de fausse-couches spontanées (augmentation du risque d'avortement spontané de l'ordre de 25 % [8])
      • de métrorragies (saignements) au cours 3ème trimestre de la grossesse [1] avec :
        • le dédoublement du risque d'hématome rétroplacentaire (risque confirmé par plusieurs auteurs) [3,5,6]
        • le risque de la présence de placenta praevia est multiplié par 2 à 3 chez les femmes qui fument pendant la grossesse [3,5,6].
      • d'accouchement prématuré (risque relatif multiplié par 2) et de la rupture prématurée des membranes avant terme (risque relatif de l'ordre de 2,1 à 2,2) chez les femmes qui fument au cours de leurs grossesses [3,5,6].
      • de mort fœtal in utero par le retard de croissance intra-utérin, la survenue d'hématome rétroplacentaire, le placenta praevia et la prématurité.
    • Concernant le développement et la croissance fœtale, le tabagisme joue le rôle de ralentisseur et tératogène entraînant :
      • un retard de la croissance intra-utérin du fœtus (diminution de son poids à la naissance de l'ordre de 150 à 300 g) qui est encore plus grave (de l'ordre de 400 g) chez la grande fumeuse et quand la mère inhale profondément la fumée de la cigarette car elle augmente la quantité de CO et de la nicotine dans la circulation embryonnaire et fœtale (relation dose-effet). Dans les retard de croissance intra-utérin, l'examen du placenta montre la présence des signes macroscopiques et microscopiques d'hypoxie avec une hypertrophie compensatrice du placenta.
      • une diminution de la taille de nouveau-né par la diminution de la masse non grasse (masse musculaire et osseuse) [3,5] ;
      • le risque de la diminution du périmètre crânien (< 32 cm) et du périmètre thoracique chez le nouveau-né est augmenté quand la mère fume au cours de la grossesse [3,5].
      • Certaines malformations congénitales sont plus fréquentes (risque multiplié par 1,2 à 2) chez la enceinte qui fume pendant la grossesse ; parmi ces malformations, il a été signalé l'augmentation du risque de fente palatine, de cardiopathie congénitale, d'hypoplasie du nerf optique, de malformations des membres [3,5].
    • Concernant le développement de l'enfant exposé, in utero au tabagisme, il a été signalé :
      • un risque de la survenue du syndrome de sevrage nicotinique chez le nouveau-né quand le nombre de cigarettes fumée par la mère, au cours de la grossesse dépasse le 10 cigarettes par jour [3].
      • une augmentation du risque de la survenue des perturbations dans le fonctionnement de l'appareil respiratoire ; elles sont marquées par la diminutions des fonctions respiratoires, d'une hyperactivité bronchique et de l'augmentation des maladies respiratoires dans l'enfance (bronchite, bronchiolite, pneumonie, otite moyenne...) [3].
      • toutes les études épidémiologiques montrent que le tabac pendant la grossesse et le tabagisme passif de l'enfant après la naissance augmentent le risque de mort subite du nourrisson [1,3,5,6] (le risque est multiplié par 3). D'après Fleming, le nombre de morts subites de nourrisson pourrait être diminué des deux tiers si le tabagisme parental n'existait pas [6].
      • une augmentation du risque de l'apparition, chez l'enfant d'une hyperactivité neurologique avec déficit de l'attention
      • une augmentation de la survenue d'une hypertension artérielle systolique (à l'âge de 6 ans) [3]
      • Il semble qu'il existe un score de dépendance à la nicotine plus élevé chez les enfants de mères fumeuses et des corrélations significatives entre l'exposition in-utero au tabagisme et la consommation de tabac à l'adolescence [4] mais ces données ne sont pas parfaitement documentées [4].

  • Grossesse = Zéro tabac
    • La femme qui réduit sa consommation tabagique pendant la grossesse ne diminue pas le risque toxique du tabac sur son embryon puis sur son fœtus, car en diminuant le nombre de cigarettes consommées, elle aura la tendance à inhaler plus profondément et plus souvent la fumée de la cigarette pour compenser sa manque de nicotine, par conséquence elle ne réduit pas la quantité de CO [4] qui atteint le produit de grossesse, c'est-à-dire le placenta; l'embryon et puis le fœtus ; donc les risques et les complications du tabagisme sur la grossesse persistent, même en réduisant la consommation tabagique et la seule action réellement efficace, c'est d'arrêter de fumer et d'éviter le tabagisme passif et enfin, de profiter de la survenue de la grossesse pour ne pas reprendre après.
    • Pour la femme enceinte fortement dépendante de nicotine et qui ne réussit pas toute seule à arrêter de fumer, une aide médicale et un traitement nicotinique substitutif doivent être envisagés [4].



    • Dr Aly Abbara
      Mise à jour : 25 Juillet, 2010

    • Références :
      • 1- Zéro alcool / Zéro tabac : Communiqué de l'INPES (Institut National de Prévention et d'Education pour la Santé). Gynécologie pratique n° 174 - avril 2005, p:17
      • 2- H. Fernandez. "Grossesses extra-utérines" Hervé Fernandez "traité de gynécologie". Médecine-Sciences Flammarion 2005, p;418.
      • 3- V. Godding. "Tabagisme maternel durant la grossesse : quel effets sur le fœtus ". La lettre du gynécologue n°295 - octobre 2004. p: 8-9.
      • 4- M. Delcroix. Tabagisme et grossesse : la première conférence de consensus. Sevrage tabagique, Pratique, n°5, mai 2004, p:1-2.
      • 5- M. Kaminski. "Tabac, alcool et grossesse". Dominique Cabrol, Jean-Claude Pons, François Goffinet "Traité d'obstétrique" Médecine-Sciences Flammarion 2003, p;706-708.
      • 6- Christian Rayr, Loïc Marpeau (Rouen), Christine Carpantier (Lille). "L'événement Fumeuses et enfumeuses". Gyn.Obs. la médecine de la femme. 15.oct.2000, 429. p: 6-7.
        Il s'agit des résumées des 4es journées " La femme et la cigarette " organisées à Lille par l'Association périnatalité prévention recherche information (APPRI)
        .
      • 7- Jauniaux E, Gulbis B, Acharya G et al. Maternal tobacco exposure and cotinine levels in fetal fluids in the first half of pregnancy. Obstet Gynecol 1999;93:25-9.
      • 8- Walsh RA. Effects of maternal smoking on adverse pregnancy : examination of the criteria of causation. Hum Biol 1994;66:1059-92.



 
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