Spinalonga
Histoire d'une léproserie (1903 - 1957)
 
 
 
 
Spinalonga est situé au nord-ouest de la baie d'Elounda en Crète. Il s'agit d'un îlot rocheux d'environ 8,5 hectares de superficie, dont le point le plus culminant s'élève à 53 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Son nom "Spinalonga" est composé de deux mots : "spina" qui signifie "épine" ou "arête", et "longa" qui signifie "longue" ou "oblongue" ; donc Spinalonga signifie "épine ou arête longue ou oblongue" et cela est du effectivement à sa morphologie et sa topographie naturelles.

La position géographique stratégique de l'îlot de Spinalonga attira depuis l'antiquité, l'attention des différents peuples occupant l'île de la Crète. Effectivement, ce furent les Olounites qui y érigèrent une forteresse afin de protéger l'antique cité d'Olounta.

Les Vénitiens qui imposèrent leur suprématie sur la Crète à partir de 1204 ap. J.-C., commencèrent en 1579 à édifier sur les vestiges de la forteresse Olounite (une muraille ancienne, des citernes et les fondations d'une citadelle) leur propre place forte afin d'assurer la protection et la défense de la baie d'Elounda. Face à la menace croissante des Ottomans sur la Crète, les Vénitiens furent obligés en 1654, de réaliser d'importantes restaurations de leur forteresse qui comportait deux murailles d'enceinte renforcées par des bastions et des tours érigés tout au long du rivage de deux côtés de l'îlot ; l'ensemble de ces fortifications formait une forteresse imprenable à l'époque.

En 1669, l'ensemble de la Crète fut soumise à l'occupation ottomane, mais la forteresse de Spinalonga demeura aux mains des Vénitiens jusqu'à 1715, où après un long siège, les Ottomans obtinrent leur reddition par traité.

Sous l'occupation Ottomane, surtout au cours de 19e siècle, une colonie turque s'installa sur l'îlot de Spinalonga car il offrait, grâce à ses fortifications de refuge et suffisamment de sécurité face à la menace de la révolte crétoise, à partir de 1866, contre le joug turque. En 1881, Spinalonga abritait une communauté autonome turque de 1100 habitants.

En 1903, l'occupation ottomane sur la Crète fut levée, et la Crète fut proréclamée "État indépendant". Les habitants turques de Spinalonga furent obligés de quitter l'îlot.

La même année (1903), le jeune gouvernement crétois décide de faire de l'îlot de Spinalonga "une léproserie ou une colonie de lépreux", c'est-à-dire un refuge obligé rassemblant tous des lépreux vivant épars dans les diverses régions de la Crète (puis plus tard de toute la Grèce), cachés dans des grottes et des cabanes de fortune ; cette déportation avait comme but d'améliorer leurs conditions de vie.

Les édifices et les ruines des bâtiments vénitiens et les demeures turques qui se trouvaient sur l'îlot de Spinalonga furent utilisés pour construire des habitations afin d'héberger les malades et les soignants, puis la mosquée turque fut convertie en hôpital, et le bastion vénitien "Dona" en cimetière ; enfin, en 1939, une route fut aménagée sur l'ensemble du périmètre de l'îlot.
Le personnel soignant de la léproserie comportait un médecin, puis des infirmiers et des aides-soignants ; un surveillant et un abbé faisaient partie du personnel nécessaire sur l'îlot.

Les conditions de vie sur Spinalonga pour les lépreux déportés de la Crète, puis la Grèce, étaient au début de l'ouverture de la léproserie, très difficiles :
   *Le manque d'eau et de nourriture, car les malades étaient tributaires des apports de ces éléments nécessaires à la vie provenant de la Crète.
   *Durant les quatre premières années de l'ouverture de léproserie, il n'y avait pas de médecin, et les lépreux furent obligés de se soigner eux mêmes.

Les lépreux, devant l'isolement et la dure existence qu'ils menaient sur l'îlot de Spinalonga, montrèrent un courage surhumain en s'acharnant à utiliser tous les moyens disponibles, humains et matériels, afin d'améliorer leurs conditions de vie ; ils restaurèrent les demeures turques abandonnées ; remirent en service le système d'irrigation vénitien, installèrent un système permettant de récolter et stoker l'eau de pluie. En effet l'eau était un élément très important pour vivre et pour soigner les lésions cutanées et muqueuses de leur maladie qui exige, pour limiter son aggravation, une hygiène corporelle sans faille et le port de linges et vêtements propres en permanence. Les lépreux de Spinalonga chauffaient l'eau sur le feu de bois et lavaient leurs linges en vêtements dans les lavoirs déjà conçus par les Turcs.

La soif de vivre des lépreux sur Spinalonga était plus forte de que ce peut apporter leur maladie de désespoir devant la douleur, les mutilations corporelles et la mort, alors pour que leur existence ressemble à la vie de tout le monde, les historiens rapportent l'apparition sur l'îlot, de petits jardins, de vergers et de potagers autour des maisons ; certains malades pratiquaient l'élevage de poules et de chèvres ; des petits commerces voient le jour, puis un barbier, et ensuite une coiffeuse ; quelques tavernes dont une fut utilisée pour des activités culturelles, des spectacles de théâtre d'ombre et de la compagnie théâtrale de l'îlot ; des soirées dansantes et des projections de films. Vers le milieu des années trente, un générateur fut installé sur Spinalonga afin de fournir l'électricité à tous les foyers de la léproserie.

En 1937, l'état grec construit un nouvel hôpital sur l'îlot de Spinalonga dans lequel des médecins venant d'Athènes et de la Crète soignaient les malades ; puis en 1947, deux nouveaux immeubles furent édifiés afin de recevoir de nouveaux malades.

Des mariages eurent lieu dans la léproserie de Spinalonga ; plus de vingt enfants ont été mis au monde sur l'îlot, que l'état grec recueillait dans une crèche à Athènes.

En 1954, Spinalonga a pris le nom de "Calédonie".

Le gouvernement grec décida de fermer défensivement la léproserie en 1957 et les trente derniers lépreux de Spinalonga furent transférés dans un hôpital d'Athènes.

Historiquement, le dernier résident de Spinalonga fut le prêtre qui quitta l'îlot en 1962. Son départ fut tardé de cinq ans afin de maintenir les croyances religieuses de l'Église grecque orthodoxe, dans lesquelles une personne enterrée doit être commémorée à 6 mois, 1 an, 3 ans et 5 ans après sa mort.
 
 
 
  Auteur : Dr Aly Abbara
Dernière mise à jour : 9 Septembre, 2011
 
 
 
  Références :
Dimitris ANANIADIS. "Spinalonga et les châteaux de Crète". MICHALIS TOUBIS SA. 2005 : p30-51.
Reggina Mousterki. "Crète". Edition K. ADAM PUBLISHING. p124.
 
 
 
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