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Zénobie (Zenobia) la reine de Palmyre
Biographie
Auteur : Dr Aly Abbara (علي عبارة) |
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- Zénobie
Auteur Dr Aly Abbara
(Zenobiae - زنوبيا) ; Septimia Zenobia, Septimia Zenobia Augusta.
Chez les Arabes : Zanobia (زَنوبيا), Zeinab (زينب),
Hind (هند) et parfois Al-Zabbaa (الزبَّاء)
D'après certaines références arabes, elle est la fille d'un prince Arabe de Palmyre de la tribu
de Banou sumayyda' (بنو سميدع).
Il s'agissait d'une femme cultivée maitrisant le Palmyrénien, le Grec, l'Egyptien et moyennement le Latin ; elle rédigea, elle-même, un traité sur l'Histoire de l'Orient et de l'Egypte.
La deuxième épouse d'Odénath (أُذينة), elle lui succéda après son assassinat en 266/267, en régnant à Palmyre pour le compte de son jeune fils Wahballat (وهب اللات) (c'est-à-dire le don d'Allât) .
Il s'agit d'une femme très ambitieuse, bien déterminée ; inquiète par les peturbations au sein de l'Empire romain suite à la mort successive et rapprochée de l'Empreur Gallien, Claude II le Gothique et son frère Quintillien et les menaces réelles des Perses Sassanides qui pesaient lourd sur la sécurité des routes cravanières qui assuraient l'existance et l'épanouissement de sa cité, alors elle décida de prendre les choses en mains en poursuivant les objectifs décidés auparavant par son époux Odénath, c'est-à-dire assurer la sécurité de sa nation elle-même, sans compter sur la volonté de Rome, puis pourquoi ne pas diriger l'Empire comme impératrice ?!.
Elle étendit dès 269-270 son pouvoir sur toute la Syrie, l'Arabie, la Palestine.
Il a fallu attendre l’accession au trône de l'Empire, en septembre 270, l'énergique Aurélien, pour remettre de l'ordre et reprendre les territoires perdus à l'Ouest, puis à l'Est, pour cela il fallait anéantir de la domination palmyrénienne en Orient par la prise de Palmyre et l'élimination de sa Reine, Zénobie.
Sous la régence d'Aurélien, pour reprendre le contrôle du commerce venant de l'Asie et de l'Inde et qui, en cette période mouvementée, passait par la mer rouge en raison du contrôle des voies terrestres par les Perses Sassanides, Zénobie décida en 270 d'étendre son pouvoir sur l'Égypte romaine ; son armée composée de 70 000 hommes arriva en Egypte, destitua le gouverneur romain et installa une garnison palmyrénienne à Alexandrie. Une monnaie palmyrénienne fut frappée pour la première fois à Alexandrie, sur laquelle fut figurée la tête de l'empereur Aurélien et la tête de son fils Wahballat pour prouver sa fidélité à Rome et montrer à l'empereur qu'elle ne voulait pas l'obtention de l'indépendance. Mais le deuxième acte eut lieu le 29/août/271, il s'agit d'une réelle déclaration d'indépendance vis-à-vis de Rome, car ce jour là, elle ordonna la frappe de monnaie palmyrénienne sur laquelle on trouve écrit " L'Empereur César Wahballat " et elle se donna le titre de " Septima Zenobia Augusta ", c'est-à-dire Zénobia Impératrice.
Enfin, pour empêcher les attaques venant du Nord, elle laissa son armée envahir l'Anatolie jusqu'à la région de Ancyre (Ankara aujourd'hui).
L'ensemble de ces actes entrepris par Zénobie privèrent l'Empire romain de sa partie orientale avec ses richesses, ses routes de communication et son grenier à blé, c'est-à-dire, l'Égypte. L'analyse du parcours de cette reine montre qu'elle n'a jamais agi comme une reine locale, mais c'est le contraire, elle s'est comportée comme une Impératrice romaine en en quête de pouvoir absolu, c'est-à-dire le couronnement à Rome : l'extension en dehors de la Syrie vers l'Arabie, l'Egypte puis l'Asie Mineure, la frappe de monnaie à son nom, la figurant comme impératrice de Rome " Septima Zenobia Augusta ", la fabrication d'un char impérial pour son couronnement à Rome... Sa révolte contre Rome fut une révolte contre la succession de plusieurs Empereurs inefficaces, mous et incapables de diriger l'Empire et défendre ses frontières et ses intérêts.
Pour Rome et pour Aurélien, la nécessité d'éliminer Zénobie et anéantir Palmyre devint évidente. Le projet d'Aurélien fut mis en exécution dès le début de l'an 272 ap.J.-C. il commença par chasser les Palmyréniens de l'Asie Mineure (Ancyre, la Bithynie et la Cappadoce) ; dans ces positions avancées l'armée palmyréienne évita le véritable affrontement avec les Romains et se replia vers Antioche, puis en constatant le déséquilibre des forces militaires entre les armées sur place, Zabada, le commandant en chef de l'armée palmyrénienne donna l'ordre de se retirer d'Antioche, en secret, dans la nuit pour concentrer l'ensemble des forces de son armée à Émèse. Aurélien entre à Antioche sans véritable résistance, sur place, il tarda à partir en attendant des nouveaux renforts
Ensuite, Aurélien et sa grande armée se dirigèrent vers Émèse et affrontèrent réellement pour la première fois, en août 272, l'armée palmyrénienne, composée de 60 000 hommes, près de (Aréthus - al-Rastan aujourd'hui - الرستن). La mobilité et rapidité de la cavalerie romaine comparées à la lourdeur de l'équipement de la cavalerie palmyrénienne, finissent par le triomphe des romains et le repli des derniers hommes de l'armée palmyrénenne vers la ville d'Émèse pour se protéger derrière ces remparts.
A Émèse (Homs aujourd'hui -حمص), un conseil de guerre fut tenu par Zénobie et ses généraux ; le retrait de l'armée vers Palmyre fut décidé pour réorganiser l'armée et la résistance, défendre la ville et ses habitants de l'avancée inévitable de l'armée romaine et enfin pour augmenter la capacité de son armée par des renforts venant de ses alliées, les Arabes, les Arméniens et surtout les Perses.
Aurélien rentre à Emèse sans résistance réelle, il visita dans la ville le temple de son dieu pour lui dédier sa nouvelle victoire, puis il conduisit son armée à travers le désert syrien à la poursuite de Zénobie et son armée. Ce fut une traverséet pénible qui dura une semaine car ses troupes furent harcelées en permanence par les Bédouins du désert.
Aurélien assiégea Palmyre, aidé par des renforts venant de l'armée romaine installée en Egypte après avoir chassé les Palmyréniens de ce pays au début de l'été 272.
Après l'échec des négociations de capitulation entreprises par Aurélien avec Zénobie, l'attaque eut lieu donnant l'avantage à l'armée romaine. Zénobie échoua dans sa tentative de fuite vers la Perse, avec son fils. Utilisant comme monture un chameau de course, elle fut rattrapée et capturée sur le bord de l'Euphrate.
Palmyre capitula à l'automne 272, ses habitants sortirent de la ville pour laisser l'armée romaine piller ses demeures, ses entrepôts et ses temples ; Aurélien laissa la vie sauve aux Palmyréniens mais il leur imposa de lourdes amendes et confisqua l'armement ayant servit à défendre la ville (armes, chevaux, chameaux...).
Les responsables jouant un rôle déterminant dans la politique d'expansion et d'indépendance que Zénobie eut entreprise furent jugés et tués par l'armée romaine à son retour à Émèse.
Parmi les victimes de cette vengeance, le philosophe grec Longin, le professeur et conseiller de Zénobie.
Refusant de la tuer, Aurélien, emmena Zénobie comme captive à Rome pour la montrer en 274, au peuple de Rome, au cours de sa cérémonie triomphale.
Zenobie vécut le reste de sa vie en Italie, à Trivoli ou à Tibur comme une paisible dame romaine. En ce concerne son fils Wahballat, la majorité des sources historiques ne donnent aucune information, mais certains auteurs signalent sa mort lors de la bataille d'Émèse.
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- ZÉNOBIE
D'après
(Histoire Auguste - texte du commentaire)
C'est la veuve d'Odénath, Septimia Zénobia, qui exerça le gouvernement dans la principauté palmyrénienne après la mort de son mari. Il est vrai qu'elle associa le fils qui lui restait, Vaballath, à ses pouvoirs ; en réalité, elle dirigeait elle-même les affaires en son nom : on remarque que l'H.A. fait un silence complet sur le jeune homme. Mais, contrairement à ce qui est affirmé par l'H.A., elle ne prit nullement le titre d'Augusta à la fin du règne de Gallien. Elle eut soin de maintenir en état son armée et se servit d'elle pour agrandir le territoire de la principauté en Syrie et en Asie, puis conquit l'Égypte après la mort de Claude, au début du règne d'Aurélien, en 270, et c'est seulement en 271 que Vaballath et Zénobie se dirent sur leurs monnaies, sans l'autorisation d'Aurélien, Auguste et Augusta, manifestant ainsi leur intention de rompre avec Rome et de fonder un Empire séparé. Cette mesure annonçait la guerre qui aboutit à la chute de Palmyre et à la fin de sa principauté, événements qui seront décrits dans la Vie d'Aurélien.
Le chapitre sur Zénobie est surtout occupé par le portrait physique
et moral de l'héroïne, portrait favorable dans l'ensemble, mettant en évidence son courage et sa virilité, sa beauté aussi. Il s'achève sur sa participation au triomphe d'Aurélien à Rome et la vie sauve que lui laissa son vainqueur. Le rédacteur a certainement utilisé de bonnes sources, tout en ayant ajouté des notations de son cru. Le portrait s'inspire fortement de celui que brosse Plutarque de Cléopâtre', dont elle se disait, évidemment à tort, une descendante. Il s'oppose fortement lui aussi à celui de Gallien.
- ZÉNOBIE :
D'après
(Histoire Auguste - texte original)
Nous touchons maintenant le comble de la honte puisqu'au milieu de la crise de l'État on en arriva à voir, pendant que Gallien se
conduisait odieusement, même des femmes gouverner de façon excellente, et, qui plus est, des étrangères. En effet une étrangère nommée
Zénobie - nous en avons déjà beaucoup parlé - qui se vantait d'être
issue de la race des Cléopâtres et des Ptolémées, prenant la succession
de son mari Odénath, plaça sur ses épaules le manteau impérial, se para à la manière de Didon, se coiffa même du diadème et, au nom de ses
fils Hérennianus et Timolaus, règna plus longtemps qu'il n'eût été séant
pour une personne de son sexe. Car cette femme altière détint le pouvoir impérial à la fois pendant que Gallien était encore à la tête de l'Etat, puis pendant que Claude était accaparé par les guerres contre les Goths ; et c'est non sans peine qu'Aurélien finit par la vaincre, la traîna à son triomphe et l'assujettit à l'autorité de Rome.
Il existe une lettre d'Aurélien qui fournit un témoignage sur cette
femme qu'il tenait prisonnière. Certains reprochent en effet au vaillant
héros qu'il était d'avoir traîné une femme à son triomphe comme s'il
se fût agi d'un quelconque général. Il se justifia alors en envoyant au
Sénat et au peuple romain une lettre qui contenait cette attestation :
« J'entends dire, pères conscrits, que l'on me reproche d'avoir eu un
comportement indigne d'un homme en faisant figurer Zénobie à mon
triomphe. Mais ceux qui me critiquent m'approuveraient certainement
s'ils savaient de quelle trempe est cette femme, si avisée dans ses décisions, si tenace dans ses plans, si ferme vis-à-vis des soldats, si généreuse quand la nécessité le demande, si rigoureuse quand la discipline
l'exige. Je puis dire que c'est grâce à elle qu'Odénath vainquit les Perses, mit Sapor en fuite puis parvint jusqu'à Ctésiphon. Je puis affirmer que cette femme inspira aux peuples d'Orient et d'Égypte une telle crainte que ni les Arabes, ni les Sarrasins, ni les Arméniens ne s'agitèrent. Je ne lui aurais du reste pas laissé la vie si je n'avais compris qu'elle rendit un grand service à l'État romain en se réservant, pour elle ou pour ses enfants, la domination sur l'Orient. Qu'ils
gardent donc pour eux leurs langues venimeuses, ceux qui critiquent tout. Car s'il n'est pas glorieux d'avoir vaincu une femme et de
l'avoir traînée à son triomphe, que dire alors de Gallien qu'elle humilia en gouvernant habilement l'Empire ? Que dire du divin Claude, ce général en chef irréprochable qui, tout absorbé par ses campagnes contre les Goths, la laissa, dit-on, exercer le pouvoir. II le fit du reste à dessein et avec sagacité afin que, tandis qu'elle défendrait les frontières orientales de l'Empire, lui-même pût mener tranquillement à bien les objectifs qu'il s'était fixés. »
Ce message montre quelle opinion Aurélien avait de Zénobie. Elle était, dit-on, si chaste qu'elle n'avait de relations sexuelles avec son mari que dans un but de procréation. En effet, une fois qu'elle avait couché avec lui, elle refusait tout rapport jusqu'à ses prochaines règles
pour voir si elle était enceinte'. Dans le cas contraire, elle lui permettait
de tenter à nouveau d'avoir un enfant. Elle vivait au milieu d'un faste royal. Elle se faisait adorer plutôt à la manière perse et ses banquets se déroulaient selon le cérémonial des rois de Perse. Mais
c'est à la manière des empereurs romains qu'elle se présentait aux
assemblées des soldats, coiffée d'un casque et portant une écharpe de
pourpre dont les franges laissaient à leur extrémité pendre des pierreries, tandis qu'était fixée au centre en guise de broche féminine une
gemme en forme d'escargot ; ses bras étaient souvent nus. Elle
avait le visage basané, le teint foncé, des yeux noirs d'une exception
nette vivacité, un esprit extraordinaire, un charme incroyable. Sa dentition était d'une telle blancheur que beaucoup croyaient que des perles
lui tenaient lieu de dents. Sa voix avait un timbre éclatant et viril.
Elle affichait, quand la nécessité l'exigeait, la rigueur propre aux
tyrans, mais quand l'équité le demandait, la clémence propre aux bons
princes. Elle était d'une générosité mesurée, gérait ses trésors avec une économie rare chez une femme ; elle utilisait un carrosse, rarement une voiture pour dames, mais se déplaçait le plus souvent à cheval. Il lui arrivait, dit-on, souvent de faire avec ses fantassins des
marches de trois ou quatre milles. Elle chassait avec une fougue
toute espagnole. Elle buvait fréquemment avec ses généraux, bien
qu'elle fût sobre par ailleurs ; elle buvait aussi avec des Perses et des Arméniens pour les faire rouler sous la table.Elle utilisait pour ses banquets des vases à boire en or rehaussés de pierreries ainsi que d'autres
ne, ressemblant à ceux dont se servait Cléopâtre. Elle avait pour son service
: la des eunuques d'âge avancé mais fort peu de filles.Elle avait obligé ses fils à parler latin, si bien qu'ils ne s'exprimaient en grec qu'avec difficulté et rarement. Pour sa part, elle n'avait pas une connaissance
parfaite de la langue latine et était en la parlant paralysée par la
timidité. En revanche elle parlait l'égyptien à la perfection. Elle était si versée dans l'histoire d'Alexandrie et de l'Orient qu'elle en
composa, dit-on, un abrégé. Quant à l'histoire romaine elle l'avait lue
en grec.
Lorsqu'Aurélien l'eut faite prisonnière et qu'on l'eut amenée
devant lui, il l'interpella en ces termes : « Alors, Zénobie, tu as osé insulter les empereurs romains ? » Elle lui répliqua, dit-on : « Toi, qui
remportes des victoires, je te considère bien comme un empereur ; mais
Gallien, Auréolus et tous les autres princes, je ne les ai jamais regardés
comme tels. C'est Victoria, qui, je crois, me ressemble, avec laquelle
j'aurais souhaité partager l'empire si les distances l'avaient permis. »
Elle figura donc au triomphe, au milieu d'un tel faste que le peuple
romain n'avait jamais rien vu de plus somptueux : elle était d'abord
parée de pierreries si énormes qu'elle croulait sous le poids de ses
joyaux. Elle dut en effet, dit-on, s'arrêter très fréquemment, en
dépit de son énergie, en se plaignant de ne pouvoir supporter le fardeau
de ses pierreries. Elle avait d'autre part des entraves d'or aux pieds
ainsi que des chaînes d'or aux mains ; même son cou était ceint d'un
lien d'or que soutenait un bouffon perse.
Aurélien lui laissa la vie
et l'on dit qu'elle vécut désormais avec ses enfants comme une matrone
romaine dans une propriété qui lui avait été offerte à Tibur et qui porte
aujourd'hui encore le nom de Zénobie, non loin du palais d'Hadrien et
de l'endroit qu'on appelle Conca.
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Zénobie et Odénath :
D'après " HISTOIRE DE ROME " par Indro Montanelli,
Edition augmentée et adaptée par Jacques Légaré et publiée sur le Web.
- Valérien monta alors sur le trône. Il avait déjà 60 ans et se trouva simultanément avec 5 guerres sur le dos: contre les Goths, contre les Alamans, les Francs, les Scythes et les Perses. Il alla combattre ses ennemis d'Orient en laissant son fils Gallien s'occuper de ceux d'Occident. Mais il fut fait prisonnier, et Gallien devint le seul empereur. Gallien n'avait pas 40 ans; il était courageux, intelligent et résolu. À toute autre époque, c'eût été un souverain magnifique. Mais, désormais, aucune force humaine ne pouvait arrêter la catastrophe. Les Perses étaient en Syrie, les Scythes en Asie Mineure, les Goths en Dalmatie. La Rome de César, pour ne pas dire celle de Scipion, eût pu faire face à des désastres simultanés. Celle de Gallien n'était plus qu'une épave à la dérive, n'attendant que quelque chance inouïe pour se sauver.
- Une chance comme il en arrive rarement eut lieu en Orient quand Odenath, qui gouvernait Palmyre pour le compte de Rome, battit les Perses, se proclama roi de Cilicie, d'Arménie et de Cappadoce, et laissa le pouvoir à Zénobie, la plus grande reine de l'Est. Zénobie était une créature qui s'était trompée de sexe à sa naissance. En fait, elle avait le cerveau, le courage, la fermeté d'un homme, disaient d'elle ses admirateurs. C'est ainsi que l'ancienne mentalité sexiste faisait la différence entre un homme et une femme: le caractère. On disait qu'elle n'avait de la femme que la subtilité dans la diplomatie. Officiellement, elle agit au nom de Rome; c'est même en tant que représentant de Rome qu'elle s'annexa l'Égypte. En réalité, son royaume fut un royaume indépendant qui se forma au coeur de l'Empire, mais qui fit digue contre les envahisseurs sarmates et scythes qui descendaient du Nord en masses compactes, et qui avaient submergé la Grèce. Gallien eut peine à les battre. En guise de remerciement, ses soldats le tuèrent. Son successeur, Claude II, les retrouva en face de lui plus forts qu'avant. Lui aussi ne les battit qu'à grand-peine dans une rencontre qui, s'il eût eu le dessous, eût été la fin de Rome. Mais le carnage fit naître la peste dont Claude en 250 mourut lui-même. Et voici que Rome commençait à sentir l'inéluctable pression des Barbares à ses frontières dont on entendait les craquements comme une porte forcée par des cambrioleurs.
- Enfin sur le trône grimpe un grand général, Domitius Aurélien, fils l'un pauvre paysan d'Illyrie, surnommé par ses soldats : la main à l'épée. Il n'avait jamais été que militaire; mais il avait l'étoffe d'un homme d'État. Il comprit tout de suite qu'il ne pouvait pas combattre tous ces ennemis à la fois. Aussi eut-il l'idée d'en gagner quelques-uns par la diplomatie, l'arme des faibles quand on est une crapule ou des bons quand on est civilisé: il céda donc la Dacie aux Goths, qui étaient les plus dangereux, pour les faire rester tranquilles. Après quoi, il attaqua séparément les Vandales et les Alamans, qui envahissaient déjà l'Italie, et les dispersa au cours de 3 batailles consécutives. Mais il se renaît compte que ces victoires ne faisaient que retarder la catastrophe et non pas l'éviter. Aussi recourut-il à une mesure qui contresignait la mort de Rome et le début du Moyen Âge. Il ordonna à toutes les villes de l'Empire de s'entourer de murs et de ne plus compter, dorénavant, que sur leurs propres forces. Le pouvoir central abdiquait.
- Ce ne fut pourtant pas cette vision pessimiste de la réalité qui empêcha Aurélien de continuer à faire son devoir jusqu'au bout. Il n'accepta pas le séparatisme de Zénobie, marcha contre elle, battit son armée, la fit prisonnière dans sa capitale même, mit à mort son 1er ministre et conseiller, Longin, la conduisit chargée de chaînes à Rome, et la relégua à Tivoli où elle vieillit en paix dans une villa splendide non sans y jouir d'une liberté relative. Cet acte de mansuétude indiquait-il que Rome, même à la guerre, devenait sensible à la pitié, sensible au respect de la vie par-delà les nécessités politiques? On aimerait le croire; mais, en histoire, on ne croit que ce qui est vérifiable; en conséquence, peine est de constater que l'implacabilité cruelle des intrigues et des combats demeura l'inflexible règle. Pour y échapper, Zénobie devait avoir bien du charme...
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Arrière-plan dessiné par Dr Aly Abbara à partir d'une pièce de monnaire figurant la Reine Zénobie
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Références :
- 1- Annie Sartre Fauriat, Maurice Sartre. " Palmyre la cité des caravanes " - Gallimard 2008.
- 2- Maurice Sartre. " La Syrie antique " - Gallimard 2008
- 3- Maurice Sartre. " D'Alexandre à Zénobie - Histoire du Levant antique IVe siècles av.J.-C. - IIIe siècle ap.J.-C.". Fayard 2001
- Jacques Charles-Gaffiot, Henri Lavagne, Jean-Marc Hofman - "Moi, Zénobie, Reine de Palmyre" - SKIRA/Seuil. - 2001.
- Gérard Degeorge. - " Palmyre métropole caravanière " - Imprimerie nationale Éditions, 2001.
- 4- Ross Burns - " Monuments de Syrie - guide historique " - Edition Dummar (Damas - Syrie) - 1998
- 5- (HA) : HISTOIRE AUGUSTE "LES EMPEREURS ROMAINS DES IIe ET IIIe SIÈCLES". Ouvrage datant de III -IV siècle de notre ère, mais les auteurs sont inconnus.
Édition bilingue latin-français Traduction du Latin par André Chastagnol - Édition établie par ANDRÉ CHASTAGNOL Professeur émérite à l'université de Paris IV- Sorbonne ROBERT LAFFONT Paris 1994.
- Livre de l'exposition " Syrie mémoire et civilisation - Institut du Monde Arabe " - Flammarion, 1993.
- 6- Moustafa Tlas "Zénobie, Reine de Palmyre" ouvrage écrit en Arabe - Tlasdar - 1989.
- Burhan al-Din Dillo - Jazirat al-Arabes avant l'Islam - Al-Farabi - 1989 - Beirout-Liban
- Henri Stierlin - " Cités du désert, Pétra, Palmyre, Hatra ". Office du Livre S.A., Fribourg (Suisse) - 1987.
- 7- " HISTOIRE DE ROME " par Indro Montanelli, Edition augmentée et adaptée par Jacques Légaré et publiée sur le Web.
- 'Abd al-'Aziz Salim - "Histoire des Arabes avant l'Islam " - tome I (en Arabe) - Muassasat Shabab al-Jami'a, Alexandrie - 1969.
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