Paris - Jardin de Luxembourg - Le triomphe de Silène - Œuvre d'Aimé Jules DALOU (1838 - 1902)

Paris - Jardin de Luxembourg
" Le triomphe de Silène "
Œuvre d'Aimé Jules DALOU (1838 - 1902)


Cette sculpture en bronze de forme pyramidale se compose de huit personnages et un animal : au sommet de la pyramide se trouve le vieux Silène sur son âne, dénudé, bien enveloppé, à barbe longue bien fournie et à tête chauve et couronné par des feuilles de lierre ; il semble ivre et perdant son équilibre ; afin de l’empêcher de tomber, une femme (une nymphe ou une ménade) souriante et dénudée le soutient en saisissant et supportant sa jambe et sa cuisse droites ; un vieil homme barbu placé en arrière et à droite, le porte par le dos, et enfin, à sa gauche, un homme dénudé et fort musclé le supporte en saisissant sa cuisse gauche et son dos.

L’âne, en état d'excitation, fait tomber au sol un groupe dénudé composé d'une femme et d'un homme ; la femme, allongée par terre, tente d'écarter la tête de l’âne afin de protéger un très petit enfant qui se trouve étalé par terre. Enfin, un deuxième enfant débout, à droite du cou de l’âne, fait l'effort de le repousser le corps de l'animal ; ce même enfant saisit probablement une pomme.

Silène :
Dans la mythologie gréco-romaine est le compagnon, le protecteur et l'initiateur de Dionysos (Bacchus), dieu de la vigne, du vin et de l'ivresse. Silène est représenté en satyre âgé, de petite taille, jovial, voluptueux, au ventre énorme, très laid, ayant un nez camus (court, gros, plat ou retroussé) ; à tête chauve, parfois cornue et couronnée de feuilles de lierre ou de raisins.

Il suivait continuellement le cortège de Dionysos (le thiase), en état d'ivresse profonde, et chevauchant un âne à dos enfoncé par le poids de son cavalier qui ne fait que de chanter, crier, boire, danser et parfois souffler dans des flûtes. S'il est à pied, il marche en chancelant sous l'effet de l'ivresse et en s'appuyant sur un thyrse avec l'autre main une tasse de vin.

Silène est le fils d'Hermès ou de Pan et d'une nymphe. Apollon l'avait pourvu des grandes oreilles

Il s'agit d'une divinité de grande importance parce que c'est lui qui a recueilli Dionysos enfant sur le mont Nysa, puis il a pris en charge son éducation ; il lui est resté loyal à toute épreuve et il ne l'a plus quitté durant tout son parcours.

Ses fils, les satyres, sont parfois appelés les silènes quand ils sont en âge avancé.

Silène est également le père du Centaure Pholos avec une nymphe des frênes.

Réputé dans la mythologie d'être paresseux, buveur de vin avec beaucoup d'abus jusqu'à l'ivresse qui lui enlève toute dignité, mais sans ivresse, il était un sage, un philosophe et un prophète. Dans la plupart du temps, il était réticent à utiliser ses capacités et ses dons naturels aux services des autres, donc il fallait recourir aux ruses ou le forcer afin de profiter de ses talents.

Quand le cortège de Dionysos traversa la Phrygie, le roi du pays, Midas fit verser du vin dans une fontaine afin d'attirer Silène, le vieux compagnon du dieu. Effectivement, Silène tomba dans le piège tendu ; il s'égara du cortège et il fut retrouvé par des paysans, près de la fontaine en état d'ivresse ; ces derniers l'emmenèrent paré de guirlandes (ou enchaîné) à Midas qui le reçut, le retint honorablement pendant dix jours, et enfin, il fit preuve de zèle de le rendre à son maître Dionysos.

Pour récompenser Midas de ses biens faits, Dionysos lui proposa d'exaucer un de ses chers vœux, alors le roi demanda que tout ce qu'il touche se transforme en or.
Dionysos lui accorda son souhait, mais rapidement le souverain Phrygien constata la survenue d'un fatal problème auquel n'a pas pensé, parce que même la nourriture qu'il touchait devenait des lingots d'or ou des flots de métal précieux.
Ne pouvant plus s'alimenter et constatant que sa mort atroce s'approcher, Midas supplia Dionysos d'annuler rapidement ce vœu qui lui a bien accordé ; le dieu accepta de dissiper cette capacité mortelle en lui demandant de se purifier dans les eaux du Pactole.
Depuis cette plongée purifiante du roi Midas, on retrouve souvent dans le fond du fleuve Pactole d'abondantes quantités de pépites d'or.

Durant le séjour de Silène en Phrygie, le roi Midas lui posa la question suivante : que peut-on souhaiter de mieux à l'homme, le vieux sage lui répondit : « De ne jamais naître ou, sinon, de mourir à la naissance ».

Midas, le roi mythique de Phrygie est l'exemple de la " Crédulité ", c'est-à-dire, le défaut naturel de l'esprit, et la prédisposition se manifestant par une tendance naturelle, par manque de jugement ou par naïveté, à croire facilement les affirmations d'autrui portant sur des faits ou des idées sans fondement sérieux ou sans vraisemblance.

L'âne de Silène :
Dans le mythe de la Titanomachie (Gigantomachie), l'âne de Silène participa à cette guerre auprès des dieux olympiens contre les géants ; il terrorisait ces derniers par ses horribles braiements (braiments).

Satyres et les Silènes :
sont les fils ou les frères de Silène et les petits fils de Pan ou Hermès ; âgés on les appelle les Silènes, comme leur père. Leur mère(s) est probablement Iphtimé et ses sœurs, des filles de Doros (fils d'Hellen).

Ils étaient comme leur père (ou frère) Silène, ivrognes, joyeux, couvrant parfois leurs corps par des grappes de raisin ; ils suivaient les cortèges de Dionysos et aimant les pratiques sexuelles et le sommeil.

Ce sont des divinités de la nature dans son aspect féconde. Ils sont présentés comme des êtres chimériques, mi-hommes et mi-animaux : corps d'homme, avec une barbe hirsute, des oreilles de cheval, des petites cornes sur le front, parfois des membres inférieurs de forme équine (de cheval) et également une queue de cheval ou d'âne.

Comme leur père (ou leur frère) Silène, ils sont des amateurs et des buveurs de vin, et d'excellents chanteurs et musiciens joueurs de flûte, de syrinx (flûte de Pan) et de cymbale.

Quand ils font partie du thiase de Dionysos, ils tiennent à la main le thyrse, le symbole du dieu et également une coupe ou un autre ustensile plein de vin.

Ils ont une sexualité débridée et une énergie sexuelle débordante, puis souvent sont représentés avec le phallus constamment en érection (ithyphalliques). Quand ils sont libre dans la nature, ils ne font que de poursuivre les nymphes et les mortelles femmes qui s'aventurent dans les bois et les forêts.

Marsyas était un Satyre et un très bon joueur de flûte ; en rivalisant avec Apollon, il a perdu atrocement la vie (écorché vivant).

Midas :
Roi de Phrygie, fils de Gorgias et de Cybèle ou fils de Médée et d'un roi puissant dans l'Asie Mineure : endurant l’infidélité de son époux Jason, Médée quitta Corinthe et alla se réfugier à Thèbes, auprès de son protecteur Héraclès, mais ce dernier, à cette période de sa vie était frappé de folie, alors elle le guérit grâce à ses remèdes, puis le voyant dans ses conditions incapable de la protéger, elle se retira à Athènes où le roi Égée l'épousa afin de fonder une famille.

Thésée, le fils légitime d’Égée, en revenant à Athènes après son périple et long voyage chez les Minoens en Crête, il la fit perdre l'espoir qu'un de ses futurs enfants avec Égée puisse régner sur Athènes, pour cela elle tenta de l'empoisonner. Suite à cet événement, elle fut méprisée et traitée d’empoisonneuse par les Athéniens, alors elle s'enfuit d'Athènes pour aller vivre en Phénicie, puis en Asie mineur où elle épousa le roi de Phrygie ; de ce mariage naquit un fils unique appelé Midas.
Devenu à son tour roi, Midas, en hommage à sa mère, nomma les sujets de son royaume de " Mèdes ".

Il est le roi phrygien aux oreilles d'âne ; cette difformité est une punition infligée par Apollon parce que, Midas étant choisi comme l'arbitre, il a eu la stupidité de déclarer Marsyas vainqueur contre le dieu lors d'une compétition musicale. Pour cacher avec grand soin cette monstruosité, le roi portait un bonnet phrygien ; la seule personne du royaume connaissant le secret du roi était son barbier qui avait l'obligation de s'occuper de ses cheveux.
Ce barbier, à un moment donné, ne supportait plus de garder le secret du roi, alors il se dirigea vers un lieu isolé où il creusa un trou dans la terre dans lequel il chuchota " Le roi Midas a des oreilles d'âne ", puis il ferma ce trou. A cet emplacement, poussèrent des roseaux qui, en se séchant et en se frottant l'une à l'autre, ils produisaient un murmure qui n'était que la réplétion de la phrase secrète du barbier, c'est ainsi, Midas est devenu un grand sujet de moquerie dans son royaume.

Dans une autre version, c'était le dieu Pan, avec sa flûte, qui osa rivaliser avec Apollon ; Midas qui fut désigné pour juge se prononça en faveur de Pan, alors pour le punir, Apollon lui fit changer ses oreilles en oreilles d'âne.

Thyrse :
Le thyrse est l'emblème, l'épithète et l'attribut de Dionysos.

Il était porté lors des orgies par Dionysos (Bacchus) lui-même et ses compagnons (satyres, ménades...).

Il s'agit d'un long bâton dont la tête était composée d'une pomme de pin ou une bouquet de feuilles de vigne ou d'une touffe de feuilles de lierre, il est parfois entouré de feuilles de lierre ou de vigne, de grappes de raisin et de guirlandes en forme de rubans.

A l'origine, le thyrse était une lance à tête cachée par un des éléments décrits précédemment.

Thyrsiger ; thyrsitenen = ce lui qui porte le thyrse.


Références :
Annie Collognat. Dictionnaire de la mythologie gréco-romaine. omnibus 2016.
Catherine Salles. La mythologie grecque et romaine. Pluriel 2013.
Histoire de la Mythologie. National Geographic France. 2012.
Philip Wikison, Neil Philip. La Mythologie ; création ; dieux ; héros ; monstres ; lieux mythiques. Edition Gründ 2008. p;55 ; 86.
Félix Guirand, Noël Schmidt. Mythes, Mythologie, Histoire et dictionnaire. Larousse 2006.
Dictionnaire de l'Antiquité. Sous la direction de Jean Leclant. Quadrige / puf. 2005.
Timothy Gantz. Mythes de la Grèce archaïque. Belin 2004.
Anthony Rich. Dictionnaire des antiquités romaines et grecques. Editions Molière 2004.
Arthur Cotterell. Mythes et légendes du monde. Encyclopédie illustrée. Maxi-Livres, Paris. 2002.
Jean Chevalier, Alain Gheerbrant. Dictionnaire des symboles. Rboert Laffont. 1982.
P. Commelin. Mythologie grecque et romaine. Paris, Editions Garnier Frères. 1948.

Auteur : Dr Aly Abbara
Mise à jour : le 13 Mars, 2020

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