Syrie - Musées de Shahba (شهباء - سوريا) - Orphée (Orpheus) - Mosaïque datant du 3ème siècle apr. J.-C. (époque romaine)

Syrie - Musées de Shahba (شهباء - سوريا)
Mosaïque datant du 3ème siècle apr. J.-C. (époque romaine)

" Orphée jouant de la lyre et entouré par des animaux et des oiseaux sauvages et fabuleux : un aigle, un paon, un pigeon (?), une autruche à tête d'oie, un griffon (animal fabuleux, moitié lion, moitié aigle ou aigle à corps de lion ailé), un serpent, un taureau, un cerf, un tigre, une panthère, un lion, un suricate (?), une gazelle, un cheval, un sanglier et un loup (?).



Orphée (Orpheus) :

En littérature, Orphée est un poète et musicien enchanteur légendaire de l'Antiquité grecque.

Généalogie :
En Mythologie, Orphée naquit en Thrace, au nord de la Grèce, dans une région connue dans la Grèce antique comme étant habitée par des peuplades sauvages, incultes et cruelles.

Il est le fils du roi de Thrace Œagre (Œd'agre, ou Oiagros, un dieu-fleuve de Thrace) et de Calliope (= beau visage ou belle voix en Grec) la Muse de la poésie héroïque lyrique et de l'éloquence, fille de Zeus et de Mémoire. Calliope mit au monde Orphée, en Thrace, près du mont Pimplée.

Il est dans une autre version le fils d'Apollon et Clio (fêter, célébrer en Grec), Muse de l'Histoire ; puis dans une troisième version, Orphée est le fils d'Apollon et la Muse Uranie (la Muse de l'astronomie) qui a engendré les poètes-musiciens Orphée et Linos (Linus).

Apollon peut être seulement le père spirituel d'Orphée et son maître qui lui enseigne la musique, lui offre la lyre à sept cordes et le confie aux neuf Muses qui lui apprennent à manier, avec enchantement, cet instrument musical.
Afin de rendre hommage aux neuf Muses dont sa mère Calliope, Orphée modifie la lyre d'Apollon (ou la cithare) en ajoutant deux cordes aux sept qu'elle avait auparavant.
Le vrai inventeur de cette lyre fut Hermès qui l'offrit à son demi-frère Apollon.

Par sa généalogie, il pouvait être un personnage historique, probablement le prince, voire le roi de Thrace.

Orphée est intiment lié à Dionysos : Charops, le grand-père d'Orphée ayant aidé Dionysos dans son conflit avec le roi Lycurgue, le dieu lui confia la royauté sur Thrace et l'initia aux mystères ; Charops transmit à son tour, ces connaissances à son fils Œagre et ce dernier les communiqua à son fils Orphée.

Orphée est le père de
Musée, un grammairien grec et un poète et musicien enchanteur.

Homère (9e S. av J.-C) ne cita jamais le nom d'Orphée dans ses Hymnes homériques et Hésiode (8e S. av J.-C) ne l'évoque pas non plus dans son Corpus hésiodique.

Orphée est un héros de la mythologie grecque antérieure à la guerre de Troie , à l'époque où la séparation entre les dieux et les hommes n'était pas encore bien scindée, c'était l'époque où vivaient Héraclès, Égée et son fils Thésée, Pélée (le père d'Achille), Jason et les Argonautes, Musée, Linos et Amphion...

Orphée et la musique :
Il est également le disciple du maître musicien Linus (parfois on le présente comme le frère d'Orphée), mais il a été toujours fidèle aux cultes d'Apollon, qui l'avait largement aidé et inspiré et l'a doté de tous les dons de musicien et chanteur.

Orphée fut un poète et un grand musicien inégalé jouant de la lyre. La musique qui produisit était tellement belle, mélodieuse, et enchantant qu’elle charmait les dieux et tous les êtres vivants y compris les hommes, les monstres mythiques (Cerbère, les Sirènes, le dragon de Colchide...), les animaux sauvages, et les oiseaux qui venaient l'entourer et l'écouter, puis les poissons qui bondissaient hors de l'eau pour l'entendre ; ce fut également le cas des plantes qui inclinaient vers lui leurs feuillages et dansaient en chœur au rythme des ses notes musicales, puis les éléments de la nature comme les rochers le suivaient, les vents tournaient leurs douceurs vers lui, les tempêtes s'interrompaient et les cours d'eau suspendaient leurs flux, puis les vagues agitées se calmaient et encore les querelles entre des humains s'apaisaient. Sa musique et son art étaient des éléments civilisateurs permettant d'adoucir le mœurs et de passer de la vie sauvage à la vie civilisée.

On attribue à Orphée, en poésie, l'invention du vers hexamètre : un vers qui est composé de six pieds ou six mesures.

Il participa à l'instruction du prince Midas, fils de Gorgias et de Cybèle, futur roi de Phrygie.

Orphée et les Argonautes :
Jason, fils d'Aeson et le roi légitime d'Iolcos, au nord-est de la Grèce, en Thessalie.
Par le conseil du centaure Chiron, Jason recruta Orphée qui régnait, en ce moment là sur les Bistones, afin de participer, avec les autres
Argonautes, à la fameuse expédition maritime en Colchide, à l'extrémité orientale de la mer Noire, à la conquête de la Toison d'or. En effet, afin de rendre la royauté d'Iolcos à Jason, son oncle Pélias qui s'était emparé du trône exigea de son neveu de dérober et lui apporter cette Toison Colchidienne.

Orphée réussit à se révéler indispensable et utile à la réussite de ce mythique voyage :

* Il apaisa les flots marins violents et dangereux, mais quand le navire Argos ne pouvait pas avancer par une mer calme, son chant attirait les bonnes vagues jusqu'à sa coque et sa voix donna la cadence idéale aux rameurs.

* Grâce à sa voix et sa musique il calma les querelles entre les marins et tranquillisa leurs angoisses.

* Après avoir quitté
Lemnos (où les Argonautes découvrirent que les femmes de l'île ont tué tous les hommes sauf un), Orphée demanda aux Argonautes de faire une escale dans l'île de Samothrace afin de les faire initier aux mystères des Cabires, fils d'Hépaïstos : ce sont des démons tout puissants, au nombre de deux ou trois, dont il était interdit de prononcer le nom, et des divinités archaïques et mystérieuses connues par leurs pouvoirs de protéger les marins ; ils étaient adorés dans l'île de Samothrace et à Lemnos et Imbros.

*
Glaucus, fils de Poséidon et de Naïs, nymphe de la mer ; il a été admis comme un dieu marin par l'Océan et Téthys. Ce fut lui qui apparut aux Argonautes sous l'aspect d'un dieu marin quand Orphée, lors d'une tempête, fit un vœu aux dieux de Samothrace afin de protéger le navire.

* Grâce aux notes de sa lyre, il immobilisa les roches mouvantes de
Symplégades qui menaçaient de briser et broyer le navire Argos à l'entrée du Pont-Euxin (l'entrée de la mer Noire actuelle).

Lorsque les Argonautes passèrent auprès de l'île des
Sirènes, ces dernières échouèrent, par leurs chants de les attirer et les faire tous périr ; ce fait n'était possible que grâce à Orphée, qui en jouant de sa lyre et en chant, enchanta ces Sirènes au point de les laisser sans voix et les inciter à jeter leurs instruments dans la mer.

* Il neutralisa, par sa musique et son chant, le dragon de
Colchide, le redoutable gardien de la Toison d'Or que les Argonautes visiblement voulaient dérober.

Les mystères orphiques :
Initié aux mystères de Dionysos, Orphée, très curieux, approfondit ses champs de connaissances en étudiant la théogonie grecque, c'est-à-dire la généalogie des divinités, leurs origines, leurs histoires, attributs, croyances et rites. Toujours désirant tout découvrir, il entreprit de longs voyages et séjourna dans des pays lointains comme l'Égypte afin de s'acquérir des nouvelles connaissances sur les populations de ces pays et leurs croyances.
En Égypte il s'initia aux mystères d'Osiris et Isis ; cela lui permit plus tard d'instituer ses propres mystères qui sont connus sous le nom des
mystères orphiques d'Éleusis (ville de l'Attique en Grèce) ; ces mystères furent la base de l'Orphisme, un courant ésotérique religieux et philosophique répandu en Grèce dès le début du 6éme siècle av. J.-C..

À son retour de l'Égypte, il s'appliqua activement à faire connaître aux Grecs les cultes de Dionysos, de Déméter (Cérès),
d'Hécate et également à enseigner ses propres mystères (les mystères orphiques).

Orphée et la nymphe Eurydice :
Orphée à son retour de ses voyages s'installa en Thrace, parmi le
Cicones, peuplade barbare, descendante de Cicon, un fils d'Apollon.

Il était passionnément amoureux de sa fiancée la nymphe Dryade Eurydice, mais le jour de leur noce (leur hymen),
Aristée (un berger, fils d'Apollon et Cyrène) qui était également amoureux d'Eurydice, causa sa mort, ce jour-là : en le fuyant afin de ne pas céder à ses avances, elle fut piquée au talon, mortellement, par un serpent caché dans les herbes.

Les nymphes, compagnes d'Eurydice, pour la venger, tuèrent toutes les abeilles
d'Aristée, mais ce dernier, en consultant Protée sous le conseil de sa mère Cyrène, il vit se reconstituer ses ruches après avoir immolé, sur-le-champ, quatre jeunes taureaux et quatre génisses, un geste permettant d'apaiser l'âme d'Eurydice d'après Protée.

Orphée, très touché par la mort de sa bien-aimée Eurydice, supplia les dieux de l'Olympe et obtint la permission de Zeus d'aller la chercher aux Enfers. Il prit sa seule arme, la lyre et pénétra aux Enfers après avoir endormi, grâce à ses mélodieuses notes musicales, Cerbère (le chien féroce, à trois têtes et au cou hérissé de serpents, gardien la porte de ce monde des morts).

Aux Enfers, sous l'influence de la musique et le chant d'Orphée, pour la première fois, les trois
Érinyes (les Furies) pleurèrent et cessèrent de tourmenter les coupables de crimes ; les aigles s'arrêtèrent de manger le foie de Tityos ; la roue d'Ixion fit une pause et les ombres des morts se ressemblèrent autour d'Orphée en pleurant.

Les maîtres des Enfers,
Hadès (Pluton) et Perséphone (Proserpine des Romains, la fille de Déméter) se montrèrent sensibles aux douleurs d'Orphée et sa tristesse, puis charmés par la douceur de sa poésie, son chant et sa musique, décidèrent de lui accorder le retour de sa fiancée à la vie, mais pour que ce retour se déroule sans échec, la terrible Perséphone lui interdit, pour des raisons inconnues, de regarder Eurydice tant qu'ils sont, tous les deux, encore dans les ténèbres des Enfers.

Quand Orphée chanta devant les Maîtres des Enfers, il fit l'éloge de tous les dieux de l'Olympe excepté Dionysos, mais il s'agissait d'un oubli et non d'un choix délibéré. Orphée payera cher, de sa vie, cette attitude in-intentionnelle vis-à-vis de son dieu.

Orphée et sa bien-aimée, guidés par les trois
Parques, arrivèrent presque à la porte de sortie de ce monde infernal et qui s'ouvre vers la lumière de la vie. Eurydice respecta à la lettre les consignes de Perséphone et resta silencieuse derrière son époux, mais ce dernier malheureusement, content et pressé, oublia l'interdiction formulée par Perséphone, et retourna son regard vers sa compagne. En faisant ce geste, Eurydice retomba dans les Enfers, traversa pour la seconde fois le fleuve des Enfers l'Achéron dans la barque de Charon pour demeurer définitivement parmi les morts.
Orphée supplia Charon de lui faire traverser
l'Achéron afin de récupérer de nouveau son épouse, mais ce dernier refusa catégoriquement. Les dieux de l'Olympe, de leur côté refusèrent de lui accorder une seconde permission de descendre au monde des morts.

La mort d'Orphée :
Après avoir perdu par la mort, sa bien-aimée Eurydice, Orphée pleura en continu ; ni Aphrodite, ni autre intervenant ne pouvaient le consoler. Il se retira en Thrace, renonça à tout amour de femme et cessa d'adorer les dieux sauf Apollon qui l'adorait chaque matin, au lever du soleil (Apollon assimilé à Hélios : les ténèbres des Enfers font qu'Orphée appréciait mieux la lumière d'Apollon assimilé au Soleil) ; il erra dans les montagnes et les forêts en pleurant, durant sept mois entiers la perte d'Eurydice sur les bords du fleuve Strymon tout en évitant le contact avec les humains ; il était accompagné par des oiseaux et des animaux sauvages attirés et charmés par la musique enchantée qui produisait en jouant de sa lyre.

Selon la version la plus répandue, Orphée, vivant dans l'isolement total et abandonnant le culte de Dionysos, il fut attaqué (suite à un ordre émis du divin) par les Ménades lors de la célébration des orgies dionysiaques ; elles le chargèrent sur la rive de l'Hèbre (en Thrace) par des jets de pierre et coups de bâton puis le tuèrent, le démembrèrent et dispersèrent ses membres découpés en lambeaux dans les champs .

Les ménades, voyant que la tête d'Orphée, malgré sa capitation, continuait à chanter "Eurydice", avec l'impossibilité de la faire taire, alors elles la jetèrent avec sa lyre dans l'Hèbre, un fleuve en Thrace (l'actuel fleuve Maritza, qui sépare la Grèce de la Turquie à Edirne). Entraînée par les courants rapides du fleuve, on entendait la tête d'Orphée, par la bouche, appelait à répétition sa bien-aimée " Eurydice ", " Ah ! malheureuse Eurydice ", et les rives, tout le long du fleuve répétaient en écho " Eurydice ! ". Endeuillées, les Naïades (les nymphes d'eau douce) et les Dryades (les nymphes des chênes) se couvraient de voiles funèbres et laissaient flotter leurs chevelures.

Dans la version d'Ovide, les eaux du fleuve d'Hèbre emportèrent la tête d'Orphée et sa lyre jusqu'à la mer puis en flottant elles atteignirent
Méthymne, sur les rivages de l'île de Lesbos. Sur l'île, un serpent s'approcha de la tête d'Orphée, lécha ses cheveux et au moment ou il ouvrit sa gueule pour la mordre la bouche, Apollon intervint en le pétrifiant dans cette attitude d'attaque.

Dans la suite, la tête d'Orphée fut enterrée sur l'île de Lesbos, mais dans une autre version, suite à ce crime commis par des Thraciennes, la Thrace fut ravagée par la peste. Un oracle consulté conseilla, pour sauver le pays de ce fléau, de retrouver la tête d'Orphée et lui rendre les honneurs funèbres puis l'enterrer. Ce fut un pêcheur qui trouva cette tête non altérée, auprès de l'embouchure du fleuve Mélès en Ionie ; les hommages furent rendus pour Orphée, sa tête fut enterrée et un temple fut édifié. Dans ce temple on célébrait les cultes dédiés à Orphée comme étant un dieu, mais l'entrée à ce temple était interdite aux femmes.
D'après certaines traditions, la bouche d'Orphée rendait des oracles durant la guerre de Troie.

Dans une version différente, ce fut la Muse Calliope qui retrouva la tête et la lyre de son fils Orphée ; elle ensevelit la tête et lui éleva un tombeau. Ce fut suite à ces rituels maternels qu'Orphée cessa d'appeler sa bien-aimée "Eurydice".

En Macédoine, dans la ville de Dium, les habitants affirment la présence du tombeau d'Orphée dans leur ville, et que son meurtre a eu lieu dans leur région.

Dans une autre version, Orphée s'est simplement suicidé ou encore il fut foudroyé par Zeus pour avoir transgressé les règles divines en révélant à ses adeptes les secrets de l'au-delà et les mystères de l'immortalité des âmes et les rites mystériques permettant leur salut.

Chez Hygin, la mort d'Orphée fut décidée et organisée par Aphrodite pour se venger de Calliope, suite au verdict que cette dernière avait prononcé dans l'affaire d'Adonis.

On raconte également qu'Orphée, suite à la perte d'Eurydice, devint
misogyne en repoussant l'amour de toutes les femmes, leur refusant l'accès à ses mystères, s'interdisant de chanter dans les fêtes et en détournant les hommes du mariage ; certains le décrivent comme celui qui a institué la pédérastie et l'homosexualité et qui s'est adonné, lui même à ces pratiques sexuelles. Pour ces raisons, il a été la victime d'une horrible vengeance de la part des femmes Thraciennes (particulièrement les Cicones) qui le tuèrent et mirent son corps en pièce.

Apollon et les Muses accordèrent une sépulture au pied de l'Olympe au corps épars d'Orphée rassemblé par ces Muses elles-mêmes. Sa lyre fut emportée par les Muses au ciel et Zeus la plaça, dans le ciel, parmi les constellations.

L'âme d'Orphée fut transportée aux
Champs-Élysées, des lieux de béatitude et de bonheur, où il règne un climat clément, toujours doux, sans pluie, sans neige ni tempête et dans lesquels séjournent les âmes des grands héros et des justes qui ont prouvé leur piété et honnêteté. On les Champs-Élysées soit à la limite occidentale de la terre, soit au sein des Enfers. Orphée chercha dans ces lieux réservés aux âmes pieuses et trouva son épouse Eurydice, la serra amoureusement dans ses bras. Ils marchaient ensemble, côte à côte, ou l'un dernier l'autre et ils se retournaient pour jeter le regard sur l'autre sans crainte.

Orphisme :
Une doctrine religieuse de la Grèce antique dont l'origine est attribuée à Orphée, celui qui a vu les Enfers et côtoyé la mort et qui en est revenu vivant.


En ésotérisme : l'orphisme est une doctrine théologique et philosophique attribuée à Orphée, exaltant un détachement à l'égard de la vie et une volonté de se purifier des souillures du corps.

Orphique : relatif à l'orphisme ; religieux de la Grèce antique (= orphéotéleste = initié orphique).

Orph- est une racine grecque relative à la nuit (orphné = nuit, obscurité) et orphe (orphos) = un poisson qui passe l'hiver dans la profondeur des eaux et il se cache dans les cavernes obscures sous-marines.

Les orphiques sont des hymnes et des poésies attribuées à Orphée et qui furent chantées par les Lycomides (d'une famille athénienne) lors de la célébration des mystères orphiques.

Dionysos est une divinité centrale et essentielle dans le mythe d'Orphée ; on lui donne un rôle important dans le développement de l'orphisme.

Dans la
théogonie orphique (récit mythologique de l'origine des dieux et de leur généalogie) et la cosmogonie orphique (ensemble des mythes décrivant la naissance de l'univers) la création de l'univers se déroule comme le suivant :

* Au début il y avait
Chaos sans fond et sans limites ; ce n'est pas un dieu, mais l'image de ce qui existait avant les dieux et les mortels. Chaos engendra Nyx (la Nuit ; l'obscurité relative) aux ailes noires, Érèbe (l'obscurité absolue ; l'endroit le plus sombre et le plus inaccessible des Enfers) et Tartare (l'abîme insondable et obscur ; le fond de toutes choses, au-delà duquel il n'existe plus rien. Plus tard il devint la prison qui se retrouve au-dessous des Enfers dans laquelle sont retenus les dieux de la première génération qui ont été vaincus par Zeus).

*  Un Œuf d'Argent (
Œuf cosmique) apparut de lui-même ou résultant des amours de Nyx (la Nuit) et le Vent. Cet œuf apparu ou pondu se sépara en deux et donna naissance à une seule divinité pour laquelle on connait quatre noms différents : Phanès (le Révélateur, le Brillant, l’Apparu, le Manifesté) ou Protogonos (c'est-à-dire, Premier-Né parce que cette divinité n'a pas d'ancêtre et elle l'ancêtre de tous), ou Métis (Prudence), Ériképaios et enfin Éros (qui est différent d'Éros, ou Cupidon des Romains, fils d'Hermès et d'Aphrodite). Cette divinité ou ce seul principe fondateur est une force primordiale aux ailes dorées, pourvue de deux sexes (androgyne) et de quatre têtes animales, lion, taureau, bélier et serpent ; il dominait le monde avant la naissance des immortels et des hommes ; il s'agit d'une force attractive qui favorise les choses existantes à se joindre afin de générer la vie.

* La partie supérieure de la coquille de cet œuf
primordial devint le Ciel (Ouranos) et la partie inférieure devint la Terre (Gaïa). Ouranos engendra Cronos (le Temps).

*  De
Phanès-Éros naquirent les dieux originels, Océanos et Téthys. Ce couple originel engendra tous les dieux, y compris Zeus. Ce dernier, de son union-inceste avec sa fille Perséphone naquit Zagréos (ou Dionysos) qui fut dépecé par les Titans, les ennemis de Zeus. Afin de venger la mort Zagréos (Dionysos), Zeus tua les Titans et ressuscita son fils pour qui règne sur le monde.

Donc, le dieu suprême et unique des orphiques fut Zeus ou Zagreus, (ou Dionysos) fils de
Zeus et Perséphone.
Zagreus a été mis, dans son enfance, en pièces par les Titans qui mangèrent une partie de son cadavre, mais laissèrent son cœur intact. Zeus une fois informé du crime, ordonna
Déméter de rassembler ce qui reste de Zagreus afin de le ramener à la vie, ou dans une autre version, ce fut Zeus lui-même qui le ressuscita, ou ce fut Sémélé (la mère de Dionysos) qui avala le cœur de Zagreus (moulu par Zeus et mêlé à un breuvage) afin de le concevoir de nouveau et le remettre au monde.

Selon un troisième récit, ce fut soit Athéna soit Rhéa qui trouvèrent le cœur de
Zagreus et le ressuscitèrent en Zagreus ou en Dionysos. Ces dernières versions expliquent l'origine de la confusion entre les deux divinités, Dionysos et Zagreus, qui ne sont que la même divinité dans l'Orphisme.

Autrement dit : Dans l'orphisme, Dionysos est le fruit d'inceste, c'est-à-dire l'union de Zeus avec sa fille Perséphone. Héra, par jalousie demanda aux Titans, les ennemis de toujours de Zeus, de supprimer cet enfant illégitime. Ces derniers, pour attirer l'attention le dieu enfant, lui présentèrent quelques jouets, une toupie, un rhombe (instrument de musique), des poupées articulées, des osselets et un miroir. Dionysos intrigué de sa figure apparaissant sur le miroir, baissa la garde ce qui permit aux Titans de l'attraper, et d'exécuter le souhaite d'Héra en l'égorgeant, et en dépeçant son corps, le bouillir et rôtir ses membres, mais il laissèrent son cœur intact. Zeus découvrit le crime, tua les criminels Titans par le foudre ; des vapeurs exhalées de leurs corps imprégnés de la chaire de Dionysos naquit l'humanité.

Selon cette philosophie, le dieu Dionysos (Zagréos) se trouve dispersé dans toutes les âmes humaines, donc les âmes représentent la partie divine, immatérielle et immortelle de la nature humaine et que l'homme provient d'un meurtre primordial qu'il faut purifier.

Dans d'autres récits, les Titans meurtriers sont réduits en cendre par Zeus ; de cette cendre naît l'espèce humaine, donc l'homme se compose d'une âme, un élément divin provenant des parties du corps de Zagreus ou Dionysos mangées par les Titans, et d'un élément non divin provenant des corps de ses tueurs, les criminels Titans.

Tous ces récits montrent l'importance de l'âme, l'élément immortel qui habite un corps mortel, souillé de péchés et de crimes trans-générationnels, et comme c'est le cas dans l'Hindouisme, dans l'Orphisme on croit à la métempsychose, c'est-à-dire, réincarnation, ou transmigration successive de l'âme dans plusieurs autres corps : après la mort, l'âme se réincarne de façon cyclique, soit dans un corps animal soit humain, mais entre deux réincarnations, cette âme se trouve aux Enfers, parmi les morts, il s'agit d'une étape nécessaire à sa restitution, son renforcement et sa purification.
Seuls les mystes, c'est-à-dire les initiés aux mystères orphiques, connaissent les formules magiques permettant la réincarnation de leurs âmes d'un corps à un corps pour obtenir un jour le salut définitif et la vie éternelle de leur âme (la nirvana ou l'état de béatitude extrême), car dans l'Orphisme la métempsychose est une punition de l'âme encore impure par des manquements aux directives et ordres divins, donc la réincarnation de l'âme est synonyme, pour un orphique, d'un châtiment sévère de l'âme qui ne s'arrêtera pas tant qu'elle n'a pas retrouvé sa pureté originelle. Un baptême au lait de chevreau peut être accordé à l'âme de l'orphique afin de la préparer cette vie de béatitude.

Dans l'Orphisme, une fois la mort corporelle est survenue, dans le Hadès (les Enfers), deux directions sont possibles pour l'âme du défunt, soit une soustraction du cycle douloureux de la métempsychose (la réincarnation) et le commencement d'une vie de liberté et de béatitude dans les saintes prairies de ce monde infernal, soit le recommencement d'un nouvel emprisonnement terrestre dans un autre corps physique humain ou animal.

L'une ou l'autre vie future de l'âme est déterminée par Perséphone en sa qualité d'éphore (juge) de tous les êtres à semence. Durant certaines périodes et dans certains lieux du monde antique (Grèce, Crète et Thessalie), on posait sur la poitrine du défunt ou près de sa main une petite lamelle ou une feuille d'or en forme de lierre ou cœur stylisé, il s'agit d'un aide-mémoire pour son âme afin d'identifier la bonne direction à prendre dans les Enfers, et se remettre en mémoire le mot de passe à prononcer devant les gardiens de ces lieux et la manière de se présenter au juge des âmes, la terrible Perséphone.

Dans cette étape de séjour de l'âme aux Enfers avant la réincarnation, elle doit boire de deux étendues d'eau permettant le passage de la mort à la nouvelle vie sur la terre. Ces deux lacs sont Léthé (Oubli) et Mnémosyné (Mémoire). Boire de l'eau de Léthé est nécessaire pour perdre tous les souvenirs de la vie passée avant la mort, et également pour perdre le souvenir du passage à l'Hadès avant de revenir à la surface de la Terre pour connaître une nouvelle vie. Puis l'initié (l'orphique), après son parcours aux Enfers, doit boire les eaux du lac Mnémosyné (Mémoire) pour retrouver le souvenir de l'origine divine de son âme.

La vie orphique (Orphikos bios) :
Orphée était végétarien, il ne mangeait pas la chair (la viande des animaux) et détestait la consommation des œufs, parce que pour lui, ils sont à l'évidence, l'origine de toute vie (voir : l'œuf cosmique).

Dans l'Orphisme, pour sauver son âme du cycle infernal des réincarnations, l'orphique doit respecter, de son vivant, certaines attitudes nutritionnelles et des interdits qui font partie indissociable de la croyance orphique dans un but ultime qui est la purification de l'âme. Les principaux interdits sont :

* Ne jamais manger tout ce qui a vie et par conséquent, pratiquer le végétarisme, c'est-à-dire se nourrir exclusivement de nourriture végétarienne (nourriture "sans âme" ou "sans vie"). Le végétarisme purifie l'âme et protège le vivant d'une rupture dans le processus de purification de son âme.

* Ne pas manger d’œufs.

* Interdit de faire couler le sang et de manger carné
(composé de viande). Il s'agit d'un acte anti-socio-religio-politique, parce que, à cette période de l'histoire, les sacrifices d'animaux et la participation à leur consommation jouaient un rôle important pour la cohésion et la solidarité de la société et le renforcement des liens entre le peuple et l'autorité politique et religieuse. Dans l'orphisme, les seules offrandes rituelles autorisées étaient des gâteaux et des fruits arrosés de miel.

* Interdit de manger des fèves qui étaient associées symboliquement chez les Grecs au cycle de la génération, et pour un orphique, manger des fèves correspond à la pratique de l'allèlophagie "manger l'autre ou le différent" des Titans déicides (les Titans qui ont tué le dieu Zagréos ou Dionysos). En effet, cette interdiction peut être considérée également comme une action anti-sociale et anti-politique, car les fèves servaient au tirage au sort des magistrats de la cité.

* Interdit d'inhumer un mort dans un linceul de laine, c'est-à-dire empêcher le défunt d'être en contact avec ce qui a eu une vie.

Interdit de porter des vêtements de laine : la laine est une substance extraite d'un animal vivant, donc par déduction, la laine est une matière vivante. L'orphique était incité à porter des vêtements en lin ou chanvre ou toutes autres substances d'origine végétale. Beaucoup d'orphiques marchaient pieds nus, probablement parce que les chaussures étaient composées de cuir d'origine animale.

* Interdit de recourir au suicide, parce que le suicide est une violence commise contre ce qui a une vie et est un meurtre en plus dans le cycle de la métempsychose.

* S'abstenir de meurtre
.

L'orphisme dans l'art moderne :
L'orphisme est également un art moderne : un mouvement pictural cubiste de l'entre-deux-guerres élaboré par Robert Delaunay et basé sur les contrastes de couleurs.

Calliope :
Son nom Calliope signifie beau visage ou belle voix en Grec (calli- préfixe grec référant à la beauté) ; elle est la plus célèbre des neuf Muses, filles de Zeus et de Mnémosyne (la Mémoire),
Calliope est la Muse de la Poésie épique (relatif à l'épopée) et de l'éloquence (l'art du discours), inspiratrice des grands poètes.

Cerbère :
le monstre Cerbère (fils de Typhon et Echnida, frère de Chimère, de l’Hydre de Lerne, du Lion de Némée…), énorme chien monstrueux, tricéphale (à trois têtes) et à queue de dragon dont l’échine (la colonne vertébrale) était hérissée de serpents.
Gardien des Enfers, il laissait entrer les vivants moyennant un gâteau de miel, mais empêchait les morts de sortir en gardant la rive du Styx opposée à celle où s’amarrait la barque de Charon.

Charon :
Charon est le fils de l'Erèbe et de la Nuit (Nyx), et le passeur des fleuves (comme l'Achéron et le Styx) qui séparent les Enfers du monde des vivants.

Clio :
Une des neuf Muses ; Clio dont le nom signifie en grec "fêter, célébrer", on lui attribue le rôle de chanter la gloire des guerriers et des peuples ; elle fut la patronne de l'Histoire, elle est représentée portant dans la main droite soit une trompette soit une cithare, ou encore une clepsydre, emblème de la chronologie de l'Histoire.

Clepsydre : appareil qui servait à mesurer le temps par écoulement régulier d'eau d'un vase dans un autre muni d'une échelle horaire.

Érinyes :
Ou les Furies chez les Romains ; ce sont Alecto, Tisiphone et Mégère : les ministres de la vengeance des dieux ; aux corps ailés et à la chevelure de serpents et munies de fouets.

Eurydice :
Eurydice, la bien-aimée d'Orphée est la nymphe la plus connue des Dryades (les nymphes farouches des chênes).

Ce nom "Eurydice" signifie en Grec "qui gouverne très loin" ou "au vaste empire" : probablement dans l'arrière pensé de lui attribuer le titre de "reine des morts" et de faire des Enfers son "vaste empire", puis par déduction, Orphée devint le "roi des morts".

Ce fut Virgile qui nomma pour la première fois l'épouse d'Orphée par ce nom "Eurydice", mais avant lui, le poète alexandrin Hermésianax lui donna le nom Agriope ; Agriopé et également Argiopé " qui signifie " aux yeux sauvages " en Grec.

Il existe une autre Eurydice, il s'agit de la fille d'Amphiaraüs (Amphiaraos), fils d'Apollon et d'Hypermnestre, qu'il a eu de sa femme Ériphile (Ériphyle) deux fils, Alcméon et Amphiloque et trois filles, Eurydice, Démonasse et Alcamène (mère d'Héraclès). Cette Eurydice fut l'épouse de Créon, roi de Thèbes.

La troisième Eurydice : fille de Lacédémon, la mère de Danaé (mère de Persée).

Hécate :

La déesse aux trois figures qui gardait les clefs des Enfers ; elles est représentée sous frome de trois femmes debout, chacune touche par les épaules les deux autres femmes ; chaque femme tient pas les mains ses armes et attributs)

Lycurgue :
Délivré de sa folie, Dionysos entra en Grèce, en Thrace où le roi Lycurgue régnait sur les Édoniens. Le souverain ne donna pas à Dionysos la permission de traverser son pays et refusa de l'autoriser d'y répandre son culte, puis il attaqua son cortège, et emprisonna ses compagnons les Ménades et les Satyres.
Dionysos
effrayé, s'enfuit en plongeant dans la mer et se réfugia auprès de Thétis, mais sa vengeance ne tarda pas à surgir en frappant Lycurgue de folie, au point de s'acharner à coup de hache sur un pied de vigne, qui n'était en réalité que son propre fils Dryas qui mourut suite à cette folie meurtrière de son père. Lycurgue, revenant à la raison, constata les faits, alors il se mutila en se coupant le pied.
Dans le cadre de sa vengeance, Dionysos rendit le sol de Thrace stérile. Un oracle indiqua aux Édoniens la nécessité de tuer leur roi pour étancher la colère de Dionysos et retrouver la fertilité de leur terre ; alors sur le mont Pagnée les Édoniens tuèrent leur roi en l'écartelant après l'avoir attaché à quatre chevaux. Dans une autre version, ce fut Dionysos lui-même qui creva les yeux de Lycurgue et le crucifie à mort.
Charops, le grand-père d'Orphée ayant aidé Dionysos dans son conflit avec le roi Lycurgue, le dieu lui confia la royauté sur Thrace et l'initia aux mystères ; Charops transmit à son tour, ces connaissances à son fils Oeagre et ce dernier les communiqua à son fils Orphée.

Linus (Linos) :
Fils d'Isménius et petit fils d'Apollon. Il fut tué par son mauvais élève Héraclès en lui jetant son instrument de musique sur la tête. En effet, Héraclès était mécontent d'être réprimandé par son sévère enseignant de musique.
Il fut le musicien qui enseigna la musique à Orphée, mais parfois on le présente comme étant le frère d'Orphée.

Protée :
Fils de Téthys et Océanos, il était représenté comme étant " le vieillard de la mer " qui avait comme mission de garder les troupeaux de phoques de Poséidon, selon Homère, sur l'île de Pharos sur les côtes d'Égypte (pas loin du fleuve Ægyptus = le Nil), mais d'après Virgile, il résidait dans l'île de Carpathos, entre la Crète et Rhodos.
Tous les jours, à midi, il sortait des flots pour se reposer à l'abri d'un rocher sur le rivage ; les phoques, fils de Halosydnè dormaient autour de lui.

Protée était capable de révéler les destins cachés, il savait indiquer le passé, le présent et le futur de chacun, mais pour obtenir de lui ses oracles il fallait venir le rencontrer et le saisir physiquement et l'enchaîner durant son repos quotidien.

Ce n'était pas une affaire facile de consulter ce personnage, car pour échapper à ses visiteurs, il était capable de se métamorphoser en série d'animaux et éléments : lion, dragon, panthère, eau, feu, plante...d'où son titre de "Prince des métamorphoses". Donc il ne fallait pas être impressionné par ses métamorphoses, alors vaincu, le vieux de la mer reprenait sa forme initiale et parlait pour délivrer ses oracles et ses conseils.

En littérature : "portée" est un nom péjoratif indiquant qu'il s'agit d'une personne changeant constamment d'apparence, d'attitude ou d'opinion ; personne jouant toutes sortes de rôles et de personnages ; personne aux multiples visages.

Uranie :
La muse grecque de l'Astronomie, on la représente tenant dans sa main gauche une sphère céleste sur laquelle elle désigne, à l'aide d'un compas, les positions et les évolutions des astres.

En zoologie, "uranie" est un grand papillon aux couleurs vives dont les ailes postérieures sont pourvues de longs appendices. On peut apercevoir ce papillon en Amérique du Sud et à Madagascar...


Références :
Annie Collognat. Dictionnaire de la mythologie gréco-romaine. omnibus 2016.
Catherine Salles. La mythologie grecque et romaine. Pluriel 2013.
Histoire de la Mythologie. National Geographic France. 2012.
Philip Wikison, Neil Philip. La Mythologie ; création ; dieux ; héros ; monstres ; lieux mythiques. Edition Gründ 2008. p;55 ; 86.
Félix Guirand, Noël Schmidt. Mythes, Mythologie, Histoire et dictionnaire. Larousse 2006.
Jacques Lacarrière. Dictinnaire amoureux de la Mythologie. Plon 2006.
Dictionnaire de l'Antiquité. Sous la direction de Jean Leclant. Quadrige / puf. 2005.
Timothy Gantz. Mythes de la Grèce archaïque. Belin 2004.
Anthony Rich. Dictionnaire des antiquités romaines et grecques. Editions Molière 2004.
Jean Chevalier, Alain Gheerbrant. Dictionnaire des symboles. Rboert Laffont. 1982.
P. Commelin. Mythologie grecque et romaine. Paris, Editions Garnier Frères. 1948.

Auteur : Dr Aly Abbara
Mise à jour : le 17 Février, 2020

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