La contraception d'urgence (pilule du lendemain)
Contraception post-coïtale

Auteur : Dr Aly Abbara


  • Définition et caractéristique :

    C'est une méthode contraceptive exceptionnelle qui permet d'éviter la survenue d'une grossesse non désirée après un rapport sexuel non ou mal protégé, c'est-à-dire en l'absence d'une contraception ou en cas d'échec de la méthode contraceptive utilisée.
    L'expression « contraception d'urgence - CU » est une dénomination reconnue par l'OMS (Organisation Mondial de la Santé) ; elle peut faire appel à l'utilisation d'un moyen de contraception hormonale par voie orale, ou au dispositif intra-utérin au cuivre (DIU-Cu). Son administration doit être le plus tôt possible après le rapport non ou mal protégé, c'est pourquoi elle est appelée contraception d'urgence..
  • La contraception d'urgence actuelle consiste à administrer :
    • Soit Lévonorgestrel (LNG) (progestatif de 2ème génération) : un comprimé de 1,5 mg, par voie orale, en une seule prise, le plus tôt possible après le rapport non ou mal protégé et au plus tard, 72 heures (trois jours) après ce rapport.
    • Soit Ulipristal acétate (UPA) : un comprimé de 30 mg, par voie orale, en une seule prise, le plus tôt possible après le rapport non ou mal protégé et au plus tard, 120 heures (cinq jours) après ce rapport.
    • Soit l'insertion dans la cavité utérine d'un Dispositif-Intra-Utérin au cuivre (DIU-Cu), le plus tôt possible après le rapport non ou mal protégé et au plus tard, 120 heures (cinq jours) après ce rapport.
  • La contraception d'urgence ne doit être utilisée que de façon exceptionnelle.
  • Elle est réservée aux situations d'urgence et de détresse caractérisée.
  • Elle ne permet pas d'éviter une grossesse dans tous les cas (échec dans 5 à 42 % des cas).
  • Elle ne peut pas remplacer une contraception régulière car le surdosage hormonal qu'elle entraîne n'est pas souhaitable en cas de prise régulière.
  • Ce n'est pas une méthode d'interruption de grossesse, c'est-à-dire ces médicaments ne provoquent pas l'interruption de grossesse déjà en cours.

  • Dans quelles situations prendre le contraceptif d'urgence ?

    Après tout rapport sexuel non ou mal protégé ou en cas d'imprévu si vous ne souhaitez pas être enceinte. Voici quelques exemples :
    • Après un rapport sexuel, alors que vous ne prenez aucun moyen contraceptif ;
    • Lorsque vous avez eu un problème avec un préservatif (mal mis, ou déchiré ou pas bien retiré), un diaphragme vaginal (expulsion, mauvaise position...).

    • Après oubli de votre pilule (Afssaps, ANAES, décembre 2004) :
      • si retard de plus de 3 heures dans le cas où vous utilisez une pilule microprogestative ;
      • si retard de plus de 12 heures dans le cas où vous utilisez une pilule œstro-progestative, ou une pilule microprogestative contenant 75 µg de désogestrel.
        • Dans ces deux situations, il faut :
          • Par précaution, si un rapport sexuel a eu lieu dans les 5 jours précédant l'oubli de pilule ou si l'oubli concerne au moins deux comprimés, il faut utiliser une contraception d'urgence (si le délai de l'efficacité de cette méthode n'est pas dépassé).
          • Prendre immédiatement le comprimé oublié
          • Ensuite, poursuivre le traitement contraceptif à l'heure habituelle, même si deux comprimés doivent être pris le même jour ;
          • En cas de rapport sexuel dans les 7 jours suivant l'oubli de pilule, il faut utiliser simultanément une seconde méthode contraceptive non hormonale (préservatif, diaphragme vaginal, spermicide...) « période de sécurité »
          • S'il s'agit d'une pilule œstroprogestative combinée : si la période de sécurité de 7 jours avec préservatifs s'étend au-delà du dernier comprimé actif de la plaquette en cours, il faut supprimer l'intervalle libre entre deux plaquettes et démarrer la plaquette suivante le jour suivant la prise du dernier comprimé actif.
      • si retard de moins ou égale à 3 heures dans le cas où vous utilisez une pilule microprogestative ;
      • si retard de moins ou égale à 12 heures dans le cas où vous utilisez une pilule œstro-progestative, ou une pilule microprogestative contenant 75 µg de désogestrel
        • .Dans ces deux situations, il faut :
          • Prendre immédiatement le comprimé oublié
          • Ensuite, poursuivre le traitement contraceptif à l'heure habituelle, même si deux comprimés doivent être pris le même jour.

    • En cas de retrait trop tardif du pénis si vous utilisez la méthode du retrait ;
    • En cas de viol.

  • Comment ça marche ?

    • Le mode d'action est inconnu mais il est possible que le contraceptif d'urgence puisse bloquer ou tarder l'ovulation ; empêcher la fécondation ou l'implantation de l'œuf fécondé en induisant des modifications dans l'endomètre le rendant impropre à la nidation ; il agit donc avant l'implantation de l'œuf dans l'utérus.
      Les recherches montrent que le lévonorgestrel administré en phase folliculaire, avant le pic de LH, soit il bloque la rupture folliculaire, soit il entraîne des dysovulations durant les 5 jours suivant la prise du médicament et qui sont en rapport avec des anomalies du pic de LH (pic absent ou survenant après la rupture du follicule). Les effets de lévonorgestrel sur l'ovulation durent en général de 5 à 7 jours, cela correspond à la durée de vie et du pouvoir fécondant des spermatozoïdes présents dans les voies génitales internes de la femme après un rapport sexuel.

      Les contraceptifs hormonaux d'urgence n'entraînent pas une interruption de grossesse. Puis, si la grossesse est déjà en cours, les contraceptifs d'urgence ne pourront plus agir, la grossesse se déroulera normalement.


  • À quel moment du cycle peut-on l'utiliser :

    • Le contraceptif d'urgence peut être utilisé à n'importe quel moment du cycle compte tenu de la date incertaine où l'ovulation, et la fécondation peuvent se produire après un rapport. Tout rapport non protégé comporte donc un risque de grossesse.
    • Si la femme a utilisé cette contraception d'urgence en cas d'oubli de pilule, elle doit :
    • Il n'est pas recommandé d'utiliser plusieurs fois le contraceptif d'urgence au cours d'un même cycle menstruel en raison de la possibilité de perturbation importante du cycle.

  • Contre-indication connue à ce jour :
  • Celles des rares femmes qui sont allergiques à l'un de ses composants,
  • Il n'est pas conseillé chez les femmes à risque de grossesse extra-utérine car on ignore si cette méthode contraceptive peut empêcher l'implantation d'une grossesse extra-utérine et empêcher une grossesse extra-utérine de continuer à se développer.

    • N'oubliez pas que la pilule du lendemain ne protège pas contre les maladies sexuellement transmissibles, notamment le SIDA.




    • Les méthodes de la contraception d'urgence :
      • 1 - Le contraceptif d'urgence progestatif (lévonorgestrel 1,5 mg) :

      • Efficacité :
        Elle dépend de la rapidité de la prise du contraceptif d'urgence.
          • S'il est pris dans les 12 à 24 premières heures après le rapport, son efficacité est de 95 % et diminue lors des 2 jours suivants :
          • 85 % entre 24 et 48 heures :
          • 58 % entre 48 et 72 heures
          • Efficacité inconnue après 72 heures.



      • Il n'est donc pas efficace dans tous les cas ;
          • En cas de vomissements dans les trois premières heures suivant une prise d'une dose du contraceptif d'urgence, il est recommandé de reprendre immédiatement une nouvelle dose du médicament.
          • Les règles surviennent en général à la date prévue ;
          • Dans certains cas, il apparaît des spottings ou des métrorragies qui peuvent persister jusqu'aux prochaines règles suivantes
          • Dans les cas où :
            • les règles ont plus de 5 jours de retard ;
            • des métrorragies en dehors des règles ;
            • des saignements génitaux anormaux à la date prévue des règles (règles pas comme les autres) ;
            • des douleurs abdominales
            • des signes de grossesse

            il est nécessaire de faire un test de grossesse et de consulter un médecin car une grossesse intra-utérine ou une grossesse extra-utérine sont possibles.

      • Que faire si le délai de 72 heures dépassé
        • Passé les 72 premières heures (3 jours), il n'est plus indiqué de prendre le contraceptif d'urgence de type (Lévonorgestrel), mais la contraception d'urgence par ulipristal reste possible (jusqu'à la 120e heure (ou 5 jours) après un rapport sexuel non ou mal protégé.
          Si vous aviez pris le contraceptif d'urgence alors que vous étiez enceinte sans le savoir, le contraceptif d'urgence sera inefficace puisqu'il n'agira pas si la grossesse est déjà commencée.
      • Effets secondaires :
        Certaines femmes peuvent ressentir des nausées et plus rarement des vomissements, des vertiges, une fatigue, des maux de tête, des douleurs abdominales basses, une sensation de tension des seins et des saignements vaginaux.

      • Comment et quand prendre le contraceptif progestatif d'urgence (Lévonorgestrel)
        • Ce traitement a été actuellement simplifié, il s'agit d'une prise unique d'un comprimé (soit 1,5 mg de lévonorgestrel par voie orale), à prendre le plus tôt possible, si possible dans les 12 heures, et au plus tard les 72 heures qui suivent le rapport sexuel mal ou non protégé.

          Ce médicament peut être délivré sans ordonnance et n'est alors pas remboursé, mais il peut aussi être prescrit et alors remboursé à 65 %. En pharmacie, il est délivré aux mineures sans ordonnance et gratuitement.

      • 2 - La contraception d'urgence par l'utilisation d'ulipristal acétate (30 mg par voie orale) à efficacité étendue jusqu'à la 120e heure (5 jours) suivant un rapport sexuel non protégé ou en cas d'échec d'une autre méthode contraceptive :

        • Méthode :
          • La méthode contraceptive consiste à prendre un comprimé (de 30 mg de ulipristal acétate), par voie orale, le plus tôt possible, et au plus tard 120 heures (soit 5 jours) après un rapport sexuel non protégé ou en cas d'échec d'une autre méthode contraceptive.
          • Le comprimé peut être pris au cours ou en dehors des repas.
          • En cas de vomissement dans les 3 heures suivant la prise du comprimé, un autre comprimé doit être pris.
          • Ce contraceptif d'urgence peut être utilisé à n'importe quel moment du cycle menstruel.
          • Une grossesse doit être exclue avant l'administration de ce médicament.
          • La sécurité et l'efficacité de cette méthode contraceptive d'urgence n'ont pas été établies que chez les femmes âgées de 18 ans ou plus.
          • En cas d'insuffisance hépatique sévère, ce médicament n'est pas recommandé.
          • L'utilisation chez les femmes atteintes d'asthme sévère insuffisamment contrôlé par un glucocorticoïde oral n'est pas recommandée.
          • Contre-indication : grossesse et hypersensibilité à la substance active ou l'un des excipients.
          • L'utilisation simultanée d'une contraception d'urgence contenant du lévonorgestrel et de l'ulipristal acétate n'est pas recommandée.
          • Bien que l'utilisation l'ulipristal acétate ne constitue pas une contre-indication à l'utilisation continue d'une contraception hormonale régulière, l'ulipristal acétate est susceptible de réduire son action contraceptive, par conséquence, il est recommandé après une contraception d'urgence, que les rapports sexuels soient protégés par une méthode barrière fiable jusqu'au début des règles suivantes.
          • Il n'est pas recommandé d'utiliser plusieurs doses d'ulipristal acétate au cours d'un même cycle menstruel (la tolérance et l'efficacité n'ont pas été étudiées dans ce type d'utilisation).

        • Efficacité
          • En cas d'utilisation d'ulipristal acétate (30 mg par voie orale) entre 0 et 72 heures après un rapport sexuel non protégé ou en cas d'échec d'une autre méthode contraceptive :
            • Le taux de grossesse observé est de l'ordre de 1,5 % contre 2,8 % en cas d'utilisation de lévonorgestrel (1,5 mg par voie orale), puis, sachant que le taux de grossesse attendu sans méthode contraceptive était de l'ordre de (5,63 % et 5,88 %) il a été conclu que 85 % et 73 % de grossesses attendues se trouvant ainsi évitées par ces méthodes contraceptives d'urgence.
              (Étude 2914-004 de la phase III - 2009 - Dossier d'AMM; Module 1. Responses HRA Pharma to EMEA febrruary 2009. p.12 - et European Public Assessment Report - CHMP ASSESSMENT REPORT FOR ellaOne - EMEA/261787/2009. p.35)

          • En cas d'utilisation d'ulipristal acétate (30 mg par voie orale) entre 48 et 120 heures après un rapport sexuel non protégé ou en cas d'échec d'une autre méthode contraceptive :
            • Le taux de grossesse attendu (sans méthode contraceptive) était de l'ordre de 5,5 %, le taux de grossesse observé était de 2,1 %, donc 61 % de grossesses attendues se trouvant ainsi évitées.
              (Étude 2914-005 - de la phase III - Dossier d'AMM. Module 2.7.3 Summary of clinical efficacy. p.11-16)

          • Donc l'utilisation de cette méthode (ulipristal acétate - 30 mg par voie orale) n'empêche pas la survenue d'une grossesse dans tous les cas, et pour cela, en cas de doute, de retard des règles suivantes de plus de 7 jours, de saignements anormaux à la date prévue des règles ou de signes de grossesse, il faut exclure une grossesse par un test de grossesse.
          • La possibilité d'une grossesse extra-utérine doit être aussi envisagée (la survenue de saignement à la date attendue des règles n'exclut la possibilité de la présence d'une grossesse extra-utérine).

          • Effet sur les règles suivantes :
            Après la prise d'ulipristal acétate (30 mg par voie orale), les règles peuvent parfois survenir quelques jours avant ou après la date prévue :
            • Chez 80,8 % à la date prévue ±7 jours
            • Chez environ 6 % des femmes, les règles avaient plus de 7 jours d'avance.
            • Chez environ 20 % des femmes, plus de 7 jours de retard
            • Chez 5,1 % des femmes, le retard était de plus de 20 jours.
            • Chez 0,5 % des femmes ce retard peut atteindre les 60 jours.

        • Mode d'action :
          • L'ulipristal acétate est une hormone antiprogestative (modulateur synthétique des récepteurs de la progestérone agissant en se liant avec une forte affinité aux récepteurs de la progestérone humaine). Le mécanisme contraceptif de cette hormone peut être expliqué par son action sur l'ovulation (inhibition ou un retard de l'ovulation) et aussi par les modifications qui peuvent provoquer au niveau de l'endomètre

        • Référence : Mentions légales dAMM du médicament..
        • Actuellement ce médicament n'est pas remboursé par la sécurité sociale, et il ne peut pas être délivré que sur prescription médicale car des conseils médicaux sont indispensables avant son administration

      • 3 - Le contraceptif d'urgence œstroprogestatif (méthode de Yuzpe) : 
        (lévonorgestrel 0,25 mg + éthinylestradiol 0,5 mg) : quatre comprimés :
        • Cette méthode œstroprogestative à forte dose n'est plus presque utilisée en France suite à la commercialisation des deux méthodes précédentes (lévonorgestrel 1,5 mg et Ulipristal 30 mg), car la forte dose de l'œstroprogestative est mal tolérée et fortement contre-indiquée en cas d'antécédents thrombo-emboliques.
        • Le taux de grossesse est de l'ordre de 1 à 2 % (taux d'échec).
        • Les deux premiers comprimés le plus tôt possible après le rapport sexuel et au plus tard dans les 72 heures qui suivent ce rapport ;
        • Les deux autres comprimés dans les 12 à 24 heures qui suivent les deux premiers comprimés.

          Ce médicament est délivré sur ordonnance et remboursé.



      • 4 - Le post-coïtal Dispositif intra-utérin au cuivre (DIU-Cu) : 
        • Dans cette méthode, le DIU-Cu doit être inséré dans la cavité utérine au maximum, dans les cinq jours qui suivent le rapport sexuel non ou mal protégé. Le DIU doit comporter de 375 à 380 mm² de cuivre puis, il doit avoir une forme peu expulsable.
        • Le mode d'action est lié à la toxicité du cuivre sur les spermatozoïdes présents dans la cavité utérine ; cet effet empêche la fécondation de l'ovule libéré si une ovulation a eu lieu (effet préfertilisation). Le deuxième mécanisme d'action du DIU-Cu est post-fertilisation, il s'agit d'une réaction inflammatoire au niveau de l'endomètre en réponse à la présence du DIU-Cu en contact avec cet endomètre qui devient inadapté à l'implantation de la grossesse.
        • Cette méthode est la plus efficace des moyens de contraception d'urgence car son efficacité est estimée à 99 % quand elle est utilisée dans les 5 jours suivant le rapport sexuel non protégé, contre 84 % pour la méthode lévonorgestrel utilisé dans les trois jours après le rapport sexuel. Malgré cette efficacité, le DIU-Cu post-coïtal est peu utilisé en pratique courante, car sa pose nécessite une consultation spécialisée préalable, une prescription médicale puis une deuxième consultation pour l'insertion du dispositif médical..
        • Le DIU-Cu ne doit pas être utilisé chez les femmes à haut risque de survenue d'infections génitales hautes.

        • Référence : David Serfaty - Contraception d'urgence, comment prescrire. Contraception pratique N°1 - mars 2010. p.6-7

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    Auteur : Dr Aly Abbara
    Mise à jour : 19 Janvier, 2013



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